01 juillet 2015

Panique dans le métro - école de cirque de Lausanne

J'ai été tout a fait séduit par le spectacle de fin d'année de l'école de cirque de Lausanne. Intitulé panique dans le métro, il a été présenté en deux versions, celle des classes pré-professionnelles et celle des classes loisir, ces dernières représentant surtout les enfants qui font du cirque comme activité après l'école et qui ont l'occasion, ainsi, de montrer le travail accompli.
Le cirque est pour moi une affaire de corps, d'exploits et de lumières. J'aime y voir des mouvements extraordinaires, mis en scène sans tricherie, exécutés avec l'illusion de la facilité. Je suis heureux de voir les artistes y arriver, dépasser leurs limites, marcher sur une boule, jongler, agir parfaitement coordonnés, tenir des postures au trapèze assis, tourbillonner et s'arrêter au ras du sol accrochés par le ruban. Ça sent la sueur et les paillettes, la lumière est crue et colorée, la musique marque les mouvements. Et le spectacle des classes loisirs de l'école de cirque m'a offert tout ça, avec l'humilité des moyens des jeunes artistes. Oui, ils sont parfois tombés et tout n'a pas marché comme on voulait, mais au cirque on a le droit de se planter, ça donne la mesure des exploits qu'on y accomplit. Les numéros étaient très joliment arrangés et mis en scène, rendant beaux les jeunes gens engagés sur la piste.


Et un spectacle réussi contient ses moments de grâce, quand quelques chose d'étrange se produit et nous transporte. Le très jeune contorsionniste aux allures d'extraterrestre ou les jeunes hommes bondissant sur la bascule, si prêt et si fort qu'on avait l'impression que les corps allaient voler vers les spectateurs.
Un grand bravo aux professeurs, aux entraîneurs, aux élèves pour ces moments de dépassement et de rêve !




PS: l'ensemble du travail autour du spectacle était très pro, du maquillage aux garçons de piste.

16 juin 2015

L.A. confidential - James Ellroy

Je continue donc ma plongée dans les années 40/50 brûlées par la drogue, le crime et la corruption de James Ellroy. Dans ce roman, trois flics (comme dans le Grand nulle part) : Bud White, la brute obsédée par la protection des femmes battues, Edmund Exley, le brillant inspecteur qui veut tant plaire à son père, héros de guerre usurpé et fabuleux enquêteur, et Jack Vincennes, le grand V, le flic des stars, le roi de la chasse aux camés, acoquiné avec un journaliste à scandales...
Ces trois là sont jetés au milieu d'affaire (imaginaires) défrayant la chronique : le massacre du Hibou de nuit, un trafic d'héroïne, un autre de photos pornographiques, le tout impliquant des stars, des industriels, des anciens enfants-vedettes, des prostituées au visage modifié pour devenir des sosies de stars... Comme toujours chez Ellroy, nos personnages vont être chauffés à blanc par l'intrigue, se prendre des coups et encore des coups, voir brûler tout ce en quoi ils ont cru, se perdre dans leurs obsessions. Les scènes d'anthologie sont nombreuses, le récit est tortueux, l'intrigue terrible et les personnages particulièrement réussis, depuis les personnages réels, comme Mickey Cohen et Johnny Stompanato, en passant par Raymond Dieterling (clone Ellroyien de Walt Disney), jusqu'aux personnages de fictions, dominés par la figure terrible de Dudley Smith, puissance mauvaise qui traverse le Grand nulle part comme ce dernier roman.
Ce roman a toutefois selon moi quelques limites, liées à sa volonté de dépasser la chronique policière pour devenir un véritable roman policier : l'intrigue est d'une complexité énorme et m'a souvent perdu, d'autant que Ellroy se sent obligé de la résoudre. Ensuite, elle met en scène un tueur fou, comme dans le précédent roman du L.A. Quartet, et tout cet aspect de l'histoire (une bonne dose de folie et de gore) me paraît excessif. Le roman reste une lecture puissante et intense, mais j'en ai trouvé la construction un peu moins tenue que celle du Grand nulle part.
Un élément que je continue à trouver passionnant dans les romans d'Ellroy est que ses héros, tous foireux à un niveau où à un autre, restent des hommes tentant de faire le bien. Ils sont motivés par la fidélité (White), la justice (Exley et White), l'amour (Vincennes), et ils se retrouvent confronté à des destructions terrifiantes, qu'ils ont parfois
causées eux-mêmes.

Un mot sur l'adaptation en film par Curtis Hanson, que j'ai revue il y a peu. Le travail de transformation du scénario effectué pour le film a été absolument remarquable. Tout en gardant nombre de scènes fortes et de dialogues affûtés, les scénaristes ont remarquablement réécrit et simplifié l'intrigue, replaçant tous les bons éléments du roman dans leur scénario. Alors, certes, les héros sont un peu lissés et Dudley Smith n'est plus Dudley Smith, mais le film reste une remarquable adaptation, très fidèle dans l'esprit.

En tous cas, c'est certain, je lirai White jazz.

20 mai 2015

La théorie de la tartine


J'ai lu ce roman par curiosité, convaincu par ce long billet de Catherine Dufour. Pour un résumé extensif de l'intrigue, ses situations et ses personnages vous pouvez vous y reporter. Tout ce que dit le billet référencé est juste, la pavane pour une idée d'Internet défunte, les formules qui font mouche, le sens de l'air du temps, la façon de capter des personnages à la fois branques et vrais. C'est la forme parisienne-XXIème siècle du roman réaliste, ça tape là où il faut, comme la déclinaison littéraire d'un blog (plus que d'une chronique de magazine, so old school...), l'intrigue rigolote a du rythme et enchaîne les catastrophes. Ca ferait un bon film un peu déjanté, façon film français où des trentenaires commentent leur vie avec un cynisme amusé et parlent de sexe non pas dans la cuisine mais sur un channel irc.

Au fond, tout cela est très parisien, et ne m'intéresse pas beaucoup.

18 mai 2015

Taxi Téhéran - Jafar Panahi

Pauvre film. Qui a fait parler de lui parce que son réalisateur, interdit de tourner en Iran, son pays de résidence, essaie de contourner la censure qu'on lui impose en montant des plans tordus. Ici, devenir taxi et filmer ses passagers, et à travers eux parler d'eux, de lui, de sa situation, de son pays... Un dispositif de pauvre pour un pauvre film. A vrai dire, j'étais curieux de savoir si l'intérêt que suscitait le film était lié à ses qualités propres ou à la situation très pénible (ce n'est rien de le dire...) de son auteur / réalisateur / chauffeur / interprète.


Au delà des limites imposées par par la situation du cinéaste, Taxi Téhéran est un bel exercice d'oeuvre sous contrainte. Unité de lieu (tout est filmé depuis l'intérieur du taxi), unité de temps (une journée), unité de sujet. Le film est très écrit, très habilement monté, tout en finesse. S'il s'agit bien d'une petite chose que ce film, c'est une petite chose très pensée et très calculée et j'ai été très ému de me rendre compte que ce film croise la route de tout un tas de films, dont on aperçoit des moments, que Panahi aurait sans doute voulu faire à la place de celui-ci. Comme si on voyait le moment où, dans ces autres histoires, les personnages sautent dans le taxi du réalisateur, et laissent voir au spectateur étonné l'histoire qu'il pourrait raconter.
Ce Taxi Téhéran est un film pauvre, mais un vrai film de cinéma.






05 mai 2015

Le dératiseur de Hamelin - au petit théâtre de Lausanne

Des notables s'en mettent plein les poches, tout roule, ils banquettent joyeusement, profitent de la situation, jusqu'à ce que survienne une catastrophe écologique, comme on dirait maintenant : prolifération de rats dans la ville. Le maire commence par ignorer la situation jusqu'à ce ses propres entrepôts soient atteints... Et les plus grands scientifiques ne peuvent trouver de solution... Alors arrive l'homme miraculeux, le joueur de flûte, étranger un peu diabolique, venu de loin, qui réclamera son dû pour son "travail".




La compagnie Pied de biche ose tout, dans cette adaptation du fameux conte des frères Grimm. En premier lieu, ne rien édulcorer, respecter le récit, son contexte, sa morale cruelle. Y ajouter des chansons, de la musique (genre métal épique des années 70 plein de guitares électriques !), jouer sur les changements d'échelle entre vrais acteurs et marionnettes, transformer les décors sous vos yeux, glisser dans la mise en scène des morceaux "pour adultes", sans jamais perdre les enfants. Le tout avec énergie et bonne humeur. 

Marguerite et sa copine ont beaucoup aimé, les parents aussi. On se situe la dans une mouvance à laquelle je rattacherai le travail des Artpenteurs sur le Révizor ou celui de Christian Denisart pour l'arche part à huit heures : un théâtre pour enfants de très grande qualité, qui allie invention, énergie, sérieux et folie, pour le plus grand plaisir de tous.

Bref, du grand art. 




PS: le spectacle joue encore cette semaine, et je crois qu'il reste des places. Foncez-y, ça vaut vraiment le coup ! Le site du petit théâtre.


16 avril 2015

Le Grand Nulle Part - James Ellroy

Mon troisième Ellroy (après celui-ci, et celui-ci). J'ai envie de dire, c'est pareil : crimes sordides comme dans le Dahlia noir, intrigues à tiroirs tordues comme dans American Tabloid, des hommes virils, paumés, jetés dans des affaires qui les dépassent plus ou moins et sur lesquels ils surfent comme ils peuvent.
Alors oui, c'est pareil, mais c'est très bon. L'intrigue ici mêle trois flics, un jeune fan de procédure légale à l'esprit brillant, un ambitieux revenu de la guerre et, le plus attachant des trois, Buzz Meeks, truand, fourgue, arrangeur de coups tordus, un type qu'on devrait détester et qui, finalement... Ces trois-là sont mêlés à une intrigue mêlant crimes sexuels avec mutilations et chasse aux rouges dans le monde des studios, les deux sujets séparés se rejoignant élégamment.
C'est un vrai roman policier, avec chasse au coupable et révélation finale, un vrai portrait d'époque (les scènes d'interrogatoires de gauchistes par des flics sans scrupules sont tout à fait horribles...), un vrai roman de personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires (je pense à Felix Gordeau, Reynolds Loftis, la Reine Rouge Claire De Haven, le terrifiant Dudley Smith...). C'est foisonnant, fascinant, fiévreux, frénétique, emporté, sombre, terrifiant, et j'adore. La manière de mêler véritables affaires (le meurtre de Sleepy Lagoon) et personnages de fiction, les thèmes abordés (la loyauté, l'engagement, le jazz, l'homosexualité...), les portraits de personnages...
Je crois que ce qui me fait accrocher aux livres d'Ellroy, c'est son talent à construire des personnages principaux qui commettent parfois des horreurs mais qui ont pour la plupart une forme d'éthique, de sens du bien. Dans ce monde compliqué et torturé, les héros d'Ellroy, à leur façon, sont les bons. Dans celui-ci, j'ai adoré suivre notamment les évolutions du personnage de Buzz Meeks, que je détestais dans la première moitié du roman avant de me surprendre à l'apprécier.

03 avril 2015

Rainbows End - Vernor Vinge

La Californie, dans une trentaine d'années. Nos smartphones n'existent plus, remplacés par des vetinfs (vêtement informatisés ?), toute une nébuleuse de capteurs et de processeurs que nous portons sur nous, jusqu'à nos lentilles de contact, qui nous plongent dans un monde ultra connecté, en réalité augmentée, géré par le système d'exploitation Epiphany. Ces couches informationnelles ajoutées au monde que nous connaissons entraînent des évolutions sociales intéressantes : fluctuations ultra-rapides des idées, affiliances, cercles de croyance (personnes regroupées par une vision commune de l'univers, qu'elle soit religieuse ou basée sur des oeuvres de fiction)...
Robert Gu était universitaire et poète à la fin du XXème siècle, un homme brillant et méchant, dévoré par la maladie d'Alzheimer. Mais les miracles de la médecine, et les traitements personnalisés, l'ont sorti de sa dégénérescence et ont rajeuni son corps. Il reprend conscience du monde qui l'entoure dans ce nouveau monde où il n'est qu'un newbie maladroit qui se voit enseigner les bases de l'interaction par sa petite fille Miri, treize ans. Bien malgré lui, il se verra entrainé dans une intrigue bizarre, avec un diable tentateur (le Mystérieux Etranger) et des enjeux liés aux bibliothèques universitaires et aux labos de bio-ingénierie de la région qui le dépassent...
Rainbows end (la fin des arcs-en-ciel, et non le pied de l'arc-en-ciel, même si on peut supposer que le double-sens est voulu) est le nom d'une maison de retraite, rappelant au lecteur et aux personnages que malgré les miracles des technologies les hommes restent des êtres finis. Malgré son univers déroutant, très pré-singularité, le roman est tout à fait accessible et facile à lire, en plus d'être une des anticipations les plus profondes et crédibles de ce que pourrait être un monde où les flux d'informations sont mille fois ce qu'ils sont maintenant. Les idées fusent dans tous les sens, le roman explore la vie intime, la vie scolaire, les relations de pouvoir, le hacking, les virus, la sécurité, les jeux, comme une plongée dans ce futur hyper-californien, assez optimiste malgré le terrorisme et les fous qui pullulent.
Une intrigue d'espionnage assez intéressante sert de fil rouge à cette plongée, même si je la trouve un peu trop liée à la famille Gu et pas assez développée dans ses implications - j'aurais aimé en savoir plus sur ses tenants et aboutissants (et je ne demande même pas l'identité du lapin...).  Je suis également surpris par la totale absence dans le livre de toute dimension sexuelle. Les personnages s'intéressent à la science, à leurs études, à leurs problèmes familiaux, mais les corps - quand ils ne sont pas malades - paraissent tout à fait absents de leurs préoccupations. Est-ce un oubli volontaire de la part de l'auteur, ou bien un point aveugle ?
Si on pense qu'un des buts de la science-fiction est de provoquer des vertiges, Rainbows end est une grande réussite. Bourré d'idées, facile d'accès, avec des personnages plutôt bien écrits, ce roman de Vernor Vinge nous emmène loin.

C'est un peu une coïncidence qui m'a fait lire Rainbows end en même temps que Zendegi. Si leurs thèmes profonds diffèrent beaucoup (le Vinge comprend notamment toute une dimension méta-littéraire), les deux romans tentent d'offrir une prospective crédible à 20 ou 30 ans, accompagnée d'une description intéressante de certaines évolutions technologiques et de leurs conséquences sociales. Zendegi est un roman plus simple que celui de Vinge, plus direct et aux enjeux me paraissant plus crédible. Le Vinge a pour lui un foisonnement, une grande richesse de vocabulaire et de créations. Les deux livres ont en commun leur grande facilité d'accès, leur fausse simplicité, et le plaisir d'offrir une grande stimulation intellectuelle. La science-fiction est bien vivante !

La blbiothèque Geisel, un des lieux centraux du roman. Assisté de servomoteurs.