04 juin 2014

Dernier parking avant la plage - Sophie Loubière

France, début des années 2000. Un village de vacances en Vendée, des gamins qui courent sur la plage, des jeux de société, des animateurs qui animent avec énergie, une maman divorcée et spleenatique, des cocktails trop sucrés, un gardien de parking mélancolique, des musiques de films... et des ados qui disparaissent.
Sophie Loubière a écrit un thriller de plage qui se passe à la plage, faisant une peinture mélancolique et ironique de la classe moyenne en vacances. Les personnages sont traités avec amour, ce que j'apprécie toujours, l'intrigue avance à petits pas, avec ses éléments de suspense, de romance harlequin et de mystère pas trop effrayant. J'aimais beaucoup le travail de l'auteure en animatrice de radio, j'ai retrouvé son univers dans ce petit roman sans prétention et joliment tourné, qui capture quelque chose de l'émotion des vacances.


02 juin 2014

American Tabloid - James Ellroy

Mon deuxième Ellroy, après le Dahlia noir, pioché comme ce dernier dans la bibliothèque de C*. American Tabloid est un projet fou : en suivant trois figures fortes, le tueur et maître-chanteur Pete Bondurant, l'élégant Kemper Boyd et l'agent du FBI Ward J. Littell, Ellroy réécrit la mythologie américaine de la fin des années 50 et de l'ascension des Kennedy : lutte contre le crime organisé, toute-puissance de J.E. Hoover, folie de Howard Hughes, relations chaotiques entre Ku-Klux-Klan, mafia, CIA...
Ce roman est rempli de malversations, de coups tordus, d'intrigues à tiroir, de complots réalistes (c'est à dire trop compliqués, qui foirent souvent sur une erreur bête), d'erreurs d'appréciations mortelles, de crimes commis dans des arrières cours, de gentils qui se comportent comme des affreux (mais pas vraiment d'affreux qui se comportent comme des gentils). Dans le décor : des maisons de gangsters, les hôtels de New-York où le sénateur K emmène ses conquêtes, les marais de Floride où l'on construit des lotissements arnaques pour retraités, le local des Tiger Kabs où s'affrontent pro et anti-castristes. Et en toile de fond du récit, les Kennedy, leur charme, leur argent, de Joe l'affairiste de père, à Jack "belle coupe", l'habile opportuniste qu'on ne peut s'empêcher d'aimer, et Bobby, le plus pur de tous...
Je ne suis pas d'habitude client de la noirceur pour la noirceur, pourtant j'ai dévoré ce livre, tant les personnages sont justes, bien campés, tant il éclaire aussi une époque que je connaissais mal. Dans ce récit, les pires ordures ont parfois leurs moments de grâce (je pense à la relation de Pete et de Barb) et j'ai gardé jusqu'au bout une vraie sympathie pour Boyd, le roi du cloisonnement, et Littell, égaré malgré lui du vraiment mauvais côté de la barrière.
Un regret, toutefois, une quasi absence de personnages féminins forts. Les femmes, ici, sont amantes, victimes, témoins, jamais plus.
Un livre d'une ambition littéraire folle, à l'exécution brillante. 

22 mai 2014

The Valley of Astonishment - aux Bouffes du Nord

Ce fut notre première visite au fameux théâtre des Bouffes du Nord. Une salle magnifique, entre romantisme et post-apo, qui dont les peintures (faussement ?) écaillées et les teintes ocres n'auraient pas déparé à Yirminadingrad.




The Valley of Astonishment est une "recherche théâtrale" menée par Peter Brook et Marie-Hélène Estienne - et notre premier spectacle de Brook. Cette pièce jouée en anglais met en scène médecins et patients atteints d'anomalies neurologiques (une mémoire prodigieuse, synesthésie avancée, ou bien une absence de proprioception), avec notamment le personnage de Sammy Costas, "femme au nom d'homme" qui voit sa mémoire inifnie envahie de nombres après s'être trop produite sur une scène de music-hall.
Théâtralement, c'est impeccable, conforme au dogme K. (sur lequel je reviendrai un jour) : les acteurs jouent juste, jonglent avec les personnages, leurs voix, leur corps. Kathryn Hunter est formidable, les autres sont très bien, il y a de la musique sur scène, très réussie. Grâce et émotion, la classe.
Cecci a par contre été embêtée de découvrir qu'une grande partie du texte venait du livre "une prodigieuse mémoire", du grand neuropsychologue russe Alexandre Luria, le personnage de Sammy étant décalqué de celui de Solomon Shereshevsky. Les plus beaux passages de la pièce (l'oeuf blanc sur le mur blanc, le passage tiré de Dante...) étant extraits texto du livre de Luria, qui n'est mentionné nulle part ni sur le programme, ni sur le site Internet du théâtre. 
Rien de complètement étonnant à tout cela, Peter Brook s'intéressant depuis longtemps au travail de Luria (il a monté une adaptation du livre susmentionné en 1998). Reste à comprendre comment cette pièce s'insère dans le travail de Peter Brook...

21 mai 2014

True Detective

Comme déjà dit ailleurs, je ne connais pas grand-chose aux séries, mais j'aime bien qu'on me raconte des histoires. Par curiosité et pour être un peu moutonnier, j'ai donc regardé les 8 épisodes de True Detective.




Un récit d'enquête, sur fond de disparitions de femmes et d'enfants en Louisiane, entre 1995 et 2012. Deux flics, Marty - brave type macho, pas super fin, et Rust, sociopathe ancien camé intellectuellement brillant. 

Derrière l'enquête épaisse et poisseuse, des mystères qui feront lever les antennes des amateurs de l'Appel de Cthulhu : mention d'un certain Roi en jaune, allusions ésotériques...
Si on aime les décors étranges de la Louisiane,les errances dépressives, les personnages alcooliques, les enquêtes bizarres et ne pas avoir toutes les explications (c'est mon cas), alors on pourra regarder cette série.


Quasiment tout repose sur les deux personnages principaux, d'abord exaspérants puis intéressants, bien tenus par les acteurs. La série est très bien écrite, sans ventre mou narratif, jouant sur les époques, le temps distendu, les souvenirs, les regrets. Elle offre de belles ouvertures fantastiques, spirituelles et morales. En bref, du bon travail.





Tête haute - au Montfort théâtre

Avec Cecci, Rosa et Marguerite nous sommes allés voir ce spectacle "jeune public" au Montfort théâtre, suite à la bonne surprise d'Infinita.
Tête haute est une sorte de conte de fées décalé, avec de nombreuses inventions verbales, du théâtre d'ombre technologique, des projections, du jeu avec des caméras. 





Nous avons détesté.
Pour les inventions verbales, n'est pas Claude Ponti qui veut. Le jeu de projections ressemblait à un gimmick idiot, les quelques trouvailles techniques ne voulaient rien dire, c'était globalement incompréhensible, grimaçant, sinistre, sans queue ni tête. Cerise sur le gâteau, l'idée de déclencher des effets stroboscopiques dans une salle très obscure pleine de petits gamins. A fuir.

05 mai 2014

Sherlock - saison 3

Tiens, un deuxième billet d'affilée sur la saison 3 de Sherlock...
Nous avons donc fini de regarder cette saison 3, et l'avons trouvée meilleure que ce que le premier épisode laissait présager. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, mais les épisodes 2 (le signe des trois) et 3 (son dernier coup d'éclat) contiennent leur lot de dialogues "witty", d'images amusantes, de scènes de suspense, de constructions audacieuses. Dans le 2, j'aime particulièrement le passage "tu as le contrôle de la foule..." et le mode d'assassinat sophistiqué (crédible, je n'en sais rien) évoqué, et dans le 3 le passage dans le palais de l'esprit de Sherlock m'a vraiment semblé être une belle création en termes d'écriture et d'images. Bref, nous nous sommes bien amusés et l'ensemble reste très agréable.



Une petite question de goût personnel, maintenant, et une réflexion pouvant peut-être être étendue à d'autres séries : dans un épisode de Sherlock, on rencontre deux types d'éléments d'intrigue : des enquêtes mettant en scène des nouveaux personnages à chaque fois, et des éléments faisant vivre et évoluer les relations entre les personnages de la série (Mycroft, Watson, Holmes, Moriarty, Molly, Mary...). Nous aimons vraiment les premiers, et beaucoup moins les derniers. Les moments pleins d'émotions (ou de causticité) où les personnages se disent dans de grands élans romantiques combien ils s'aiment me gênent plutôt, ma pudeur, sans doute. Dans cette troisième saison, chaque épisode remet à sa façon en question l'univers et le cadre - l'amitié Holmes/Watson, les relations des deux frères... -, c'est sans doute le jeu, mais c'est un peu saoulant. Et le petit truc pour lancer la saison 4 nous a fait soupirer. On la regardera quand même.

02 mai 2014

Sherlock Saison 3 / épisode 1


Je dis souvent que je ne connais rien aux séries télé. Pas le temps d'en regarder, peu de goût pour les moulins à intrigues, les sous-intrigues familiales mettant en scène la fille adolescente du héros, les deux épisodes passés à attendre qu'une promesse affichée durant S01E04 soit accomplie, etc.
Cecci et moi avons toutefois quelques rares faiblesses, et la série Sherlock en fait partie. Malgré des épisodes inégaux, les deux premières saisons ont eu leur lot de grands moments et de belles idées, prouvant par ailleurs qu'on pouvait encore faire du neuf avec du vieux.
Las, nous avons regardé hier le premier épisode de la troisième saison. Malgré un paquet d'idées astucieuses (le jeu sur les explications sur la mort de Sherlock, le jeu des déductions entre les deux frères, repris de l'interprête grec) nous avons clairement eu le sentiment que la machine tournait à vide. Le scénario s'est mis à jouer beaucoup trop sur la série elle-même, sur les personnages qu'elle a créés et sur ses propres gimmicks, avec l'impression que l'intrigue principale (l'enquête sur l'attentat) n'occupait plus qu'une dizaine de minutes d'un épisode de 90.
Quand une fiction se met à devenir auto-référentielle, c'est à la fois amusant et un peu ennuyeux. Concernant Sherlock, nous en sommes là.