15 octobre 2014

A bord du darjeeling limited - Wes Anderson

Bientôt on aura fait le tour de la filmographie de M. Anderson, et ce sera bien triste. A bord... n’est pas son film le plus réussi, mais comme tous les films de ce réalisateur, il a ses beautés propres.



Trois frères, des Américains, embarquent à bord d’un train de luxe, en Inde, pour une expédition vers les montagnes et vers un but encore inconnu. La peinture de cette fratrie, pleine de reproches, d’affection, de non-dits, d’histoires pas réglées et d’amour (quand même), est l’élément le plus réussi du film. Les trois acteurs sont extraordinaires, tous justes et on a un grand bonheur et suivre ce triple et improbable héros. Le film vaut aussi pour ses décors, ses couleurs, sa musique, comme un trip ethno-new-age un peu bizarre où les personnages sont sans cesse à côté de leurs pompes, comme s’ils avaient toujours un temps de retard sur les événements.




Bizarre, planant, et au final très chouette.

13 octobre 2014

Récits d’Ellis Island – Georges Perec & Robert Bober – 1ère partie (traces)

Dans cet intéressant billet, Alain Korkos mentionnait ce film que nous avons donc acheté sur le site de l’INA.



Il s’agit d’un documentaire TV réalisé vers 1980 par Robert Bober et écrit par George Perec, un voyage et une enquête sur Ellis Island, l’île des larmes, à l’entrée de New York. Beaucoup a maintenant été dit et écrit sur cet endroit et je ne reviendrai pas dessus. A l’époque l’île venait de devenir un lieu touristique et les zones en ruine étaient encore nombreuses, rien de comparable avec ce que le site bien aménagé qu'on peut visiter maintenant.

Le documentaire est fait avec les moyens et le style de l’époque : une seule caméra, quelques images d’archive, beaucoup d’images d'espaces vides, de trucs cassés… et la voix et le discours, passionnants de Perec, qui demande : que cherchons-nous ici ? Comment montrer ce que c’était ? Comment le voir ? Comment attraper les drames, les vies qui ont filé, qui ont disparu ? Comment saisir cet endroit où des hommes et des femmes laissaient une ancienne vie derrière eux pour en commencer une nouvelle ? Le documentaire apporte de petites bribes de réponses, partielles et partiales. La quête de la mémoire n'est jamais facile.

11 octobre 2014

La fille du capitaine – Alexandre Sergueivitch Pouchkine

1773, sous le règne de Catherine la Grande, dans l’Empire de Russie. Piotr Andréitch Griniov est fils de bonne famille, destiné à devenir officier de la Garde. Son père, pour l’endurcir, l’envoie faire ses armes et former sa jeunesse au fort de Belogorsk, loin, là-bas, vers le pays des Kirghiz… un endroit reculé mais paisible, paraît-il. Et le fort, au final, recèle un trésor : Maria Ivanovna Mironova, la fille du commandant de la place. Mais d’ici à ce que Griniov conquière le cœur de sa bien-aimée, il y aura un duel, une invasion de brigands menée par l’usurpateur Pougatchov, un siège, un enlèvement, des meurtres.
La fille du capitaine des un roman historique d’aventures. De l’action, des sentiments, de la romance, de la guerre, un héros falot au cœur plein d’honneur, une vierge pure et déterminée, un serviteur au cœur d’or, un traître, des bandits, des cosaques, des officiers, la neige, les traîneaux, les chevauchées, le suspense, les retournements de situation… Le tout en 160 pages, livre de poche. Là où d’autres auraient étalé 3 tomes, Pouchkine mène son récit d’une main de maître, sans un mot de trop, et sans sécheresse jamais. On y est : à Belogorsk, au siège d’Orenbourg, avec les Cosaques rebelles, dans les troïkas filant sur la neige. On rit, on tremble (parce que des personnages meurent, parfois de façon atroce), on galope, on s’amuse, on voudrait que ça dure toujours.
Pouchkine a la grâce du poète. Tout, chez lui, est élégant, drôle et vrai. Il touche juste, on s’attache à tous les personnages, même aux méchants, surtout aux méchants : Pougatchov est magnifiquement campé (Pouchkine lui a consacré un essai historique), bandit illettré généreux et fou, lancé dans une cavalcade insensée vers la mort.
Une chose qui pourrait vous faire ne pas aimer ce livre : c’est un livre russe. Avec des isbas, des icônes, des ivrognes, des pères sévères-mais-justes, une tsarine toute puissante, des personnages avec des noms patronymiques en –itch, des samovars, et la plaine immense. Si tout ça vous rend allergique, laissez tomber. Sinon, vous pouvez foncer, c'est génial.

« Votre Noblesse, accorde-moi une faveur ! Fais-moi servir un verre d'eau-de-vie; le thé n'est pas notre boisson à nous, Cosaques  ! »

PS : je l’ai lu dans la traduction française de Vladimir Volkoff. Je ne sais pas si elle est fidèle, mais le texte français est excellent.

Et un jour, peut-être, je parlerai ici d’Eugène Onéguine, un des meilleurs livres du monde.

10 octobre 2014

Fantastic Mr Fox – Wes Anderson


Suite de notre exploration de l’univers foutraque de Wes Anderson. Fantastic Mr Fox est un film d’animation adapté d’un roman très marrant de Roal Dahl dont il respecte grosso-modo la trame. Mais les personnages parlent comme des personnages de Wes Anderson, comme des adultes avec des problèmes d’adultes (tu es sûr que c’est le moment d’acheter ? Est-ce qu’on va avoir un deuxième enfant ?), on y trouve un ado mal dans sa peau, des minorités en mal d’intégration et un paquet de trucs bizarres.



Le film a beaucoup de charme mais dégage l’impression d’un truc bancal, pas vraiment pour enfants (nos filles n’ont pas accroché, peut-être étaient-elles trop petites ?), balançant entre la frénésie narrative et la comédie de dialogues. Quelques scènes, toutefois, sont magnifiques (la rencontre avec Canis lupus, notamment) et le personnage de Fox est très réussi.


16 septembre 2014

Rushmore - Wes Anderson

Suite de notre exploration de la filmographie de Wes Anderson, sur les conseils avisés de David C.




Max Fischer est fils de coiffeur, mais il est entré par dérogation (parce qu'il avait écrit une pièce de théâtre) à Rushmore, une école chic et hyper-huppée. Là, il s'est parfaitement intégré, naviguant comme un poisson dans l'eau dans les coutumes, institutions et organisations extra-scolaires de l'école. Il est membre actif, fondateur ou vice-président de tous les clubs : escrime, théâtre, astronomie, chapelle vocale... Seul petit problème: il est nul en classe. Si mauvais que la direction va devoir le mettre dehors et l'envoyer... dans l'enseignement public. Cette menace sur la vie de Max, quinze ans, va provoquer en lui et autour de lui des bouleversements et des péripéties folles, de ses relations au très riche M. Blumen, le sponsor de l'école, ou avec Dirk, son "filleul" à la maman si belle, en passant par la jolie et paumée institutrice dont il va tomber amoureux.



Rushmore est un film fou. Partant d'un postulat assez spécial, son récit nous emmène dans toutes sortes de directions à un rythme de roller coaster. Le film n'est jamais là où on l'attend. Qu'on sache qu'on y trouvera un aquarium géant, la jungle du Vietnam, des rencontres dans la brume d'un cimetière. Des larmes, des mensonges, des folies, de l'amitié, et les amours très pures et dangereuses d'un très jeune homme, traitées avec la même finesse qu'on retrouvera dans Moonrise Kingdom. La relation (inexistante ?) entre Max et Mrs Cross au si curieux visage, sérieux et perdu, est la plus belle chose du film.
Plastiquement, le film est intéressant, même s'il n'est pas aussi abouti et parfait que Grand Budapest hotel ou Moonrise Kingdom. Mais Rushmore est déjà un grand moment de joie, de larmes et de douceur.


15 septembre 2014

Le château des étoiles - Alex Alice

Sous une couverture rappelant en bleu celles des éditions Hetzel, nous découvrons une belle histoire…



1869. L’enfant s’appelle Séraphin. Sa mère est morte durant une ascension en ballon, en tentant de découvrir le secret de l’éther, cette substance mystérieuse qui s’étend entre les astres. Son père, Archibald, est un ingénieur, un homme sérieux, sévère mais audacieux.
Un an après l'accident jour leur parvient un courrier venu de Bavière (alors indépendante) : quelqu'un aurait retrouvé le carnet de la mère… et voudrait le leur transmettre.




Il y aura des voyages, des poursuites, d’étonnantes machines, et surtout une aventure noble et romantique, avec pour décor le rocher du cygne, le Neuschwanstein. Cet album d’Alex Alice a la grâce, la légèreté de ces ballons, de ces machines à éther, des châteaux de Louis II de Bavière.
Le croisement de la science et du rêve, sans  l’attirail des clichés steampunk. Des ombres prestigieuses planent au-dessus de ce château: Miyazaki, Jules Vernes, Leiji Matsumoto (Hans ne vous évoque personne ?), Wagner bien sûr... mais Alex Alice a su trouver un ton unique pour raconter son histoire.



Pour la première fois, il a travaillé en couleurs directes, sans encrage, et le résultat est une splendeur.

Tout comme mes filles, j’ai adoré.





12 septembre 2014

Ms Peregrine et les enfants particuliers - Ransom Riggs

Jacob est un adolescent américain "normal" vivant en Floride, qui adore les histoires bizarres que son grand-père, réfugié juif, lui racontait au sujet de sa propre enfance dans le pays de Galles. Grandpa avait des amis fantastiques (des enfants magiques, capables qui de voler, qui de cracher des abeilles), il vivait avec eux sous la direction d'une certaine Ms Peregrine dans une maison merveilleuse, toujours ensoleillée, mais il affrontait également des monstres étranges et terrifiants... En grandissant viennent les déceptions : Grandpa était surtout un fameux baratineur. Et voilà, alors que Jacob a 16 ans, que Grandpa meurt, brutalement. Jacob a vu/croit avoir vu quelque chose terrifiant... Bouffé de cauchemars, suivi par un psy, Jacob fini par se rendre en compagnie de son père sur l'île galloise où son grand-père prétendait avoir passé son enfance. Le voyage sera bien sûr très décevant... jusqu'à ce que...

Voilà un joli livre ! Le travail éditorial est soigné, l'objet est beau, parsemé de vieilles photos et cartes postales bizarres dénichées par l'auteur, qui accompagnent le récit. On aime le tenir, le parcourir, le lire. Le début est très prometteur, les deux premiers chapitres accrochent bien, l'ambiance bizarre de la vie de Jake en Floride est bien rendue. Puis, plus le livre avance vers son sujet (Ms Peregrine et les enfants particuliers, c.f. le titre), plus il est raté.


Les bonnes idées sont pourtant nombreuses : le décor gallois, les freaks, le cadavre dans la tourbe, la boucle, la confiance qu'on accorde aux récits de famille, etc. Et presque chacune est gâchée par un manque de suivi des thèmes et une technique narrative vraiment faiblarde (et je ne suis pas un défenseur à tout crin des romans hyper-construits, loin de là !).
La principale faiblesse de ce roman est d'être une allégorie. Enfants particuliers=juifs, estres=nazis, etc. Puisque c'est une allégorie, tout l'aspect imaginaire et merveilleux est bancal. L'auteur aurait doit soit assumer le côté féérique (et dans ce cas aller bien plus loin dans le bizarre et cesser de chercher des justifications pseudo cohérentes à tout bout de champ), ou assumer la construction d'une fantasy  40's, mais dans ce cas construire un univers imaginaire autrement plus riche que le pauvre morceau qu'il nous livre (les méchants sont méchants et ils veulent dominer le monde, bon, certes). Par exemple : à aucun moment, le fait que les enfants aient 90 ans n'est vraiment assumé, alors qu'il aurait fallu soit l'ignorer, soit en tirer des développements narratifs.
Dommage, parce qu'on croit aux personnages... dans les premiers chapitres. Et que la question de la confiance et du doute dans la relation parents-enfants (ici, entre le grand-père, le père et le fils) est passionnante et, ici, traitée sans finesse.
Quant aux cartes postales... on comprend qu'elles aient interpellé l'auteur. Mais deux fois sur trois on sent le texte un peu tordu pour pouvoir insérer la carte. Et l'explication narrative que donne l'auteur sur les gens apparaissant sur les images me semble toujours plus faible que ce qu'a dû être la réalité derrière elles... Le procédé atteint donc vite ses limites.


On a là un roman honnête, bien travaillé et intéressant, qui vise assez haut et n'a malheureusement pas du tout les moyens de ses ambitions. On comprendra que les nombreuses critiques enthousiastes présentes sur le net me laissent perplexe.