22 novembre 2014

Looper - Rian Johnson

Un peu par provocation de Fabrice Colin, j'ai passé la soirée d'hier à regarder Looper, film de SF pas trop cher réalisé par Rian Johnson. Il y est questions de tueurs de la mafia et de voyage dans le temps, l'histoire se déroule dans un futur assez proche, et je n'ai rien compris. Enfin, si, à peu près, mais c'est le genre de film qui évacue carrément le problème des paradoxes temporels parce qu'en fait, ça prend la tête. Pourquoi pas ? Le film se concentre alors sur l'ambiance, les impressions, les émotions et ça marche bien.


J'ai bien aimé le travail de design et de petits détails, la télékinésie, les flingues, les voitures customisées, avec des panneaux solaires scotchés sur le capot, les motos volantes, les tasers, le côté grande banlieue du futur, tout ça fonctionne très bien. J'ai aussi été frappé par le solipsisme de l'histoire, qui repose entièrement sur l'amusant postulat : si tu pouvais aller donner un coup de main à ton moi du passé, que ferais-tu ? Quels conseils te donnerais-tu ? T'écouterais-tu ? Le tout, couplé avec la notion intéressante du film, le bouclage de boucles, justement.



Si j'ai bien compris, le jeune Joe (j'aime bien Gordon Levitt, comme acteur), le vieux Joe (j'aime aussi bien Bruce Willis) et le gamin (qui joue bien également), tous sont en fait le même personnage, de même, me semble-t-il, que Abe et le tueur gaffeur sont le même opposant. L'ensemble repose sur un noeud familial et psychologique très bateau (maman aime-t-elle son petit garçon ?) mais ça reste très agréable et amusant à regarder.


10 novembre 2014

Le révizor - Les Artpenteurs

XIXème siècle. Soit une petite ville russe de province, loin de la capitale. Le gouverneur, le juge, le chef des écoles, le directeur de l'hôpital et celui des postes sont dans l'inquiétude : ils ont appris qu'allait arriver un révizor, un fonctionnaire impérial, incognito, chargé de d'examiner que la petite ville tourne bien. Or, tous ces braves fonctionnaires d'état s'en mettent plein les poches et le peuple grogne...
Arrive en ville un jeune homme, Ivan Alexandrovitch Khlestakov, un de ces nobles dispendieux accompagnés d'un serviteur fidèle que la littérature russe aime bien. Khlestakov n'a plus un sou, il est désespéré et voilà que la chance lui sourit... les notables le prennent pour le revizor, et tentent de le corrompre ! Le gouverneur va même l'inviter chez lui, où sa femme et sa fille ne resteront pas insensibles au charme petersbourgeois du jeune homme...

Le revizor est une comédie très grinçante, très acide, sur la comédie des apparences, la corruption, la gémellité... Une pièce un peu folle, dont nous avions vu il y a longtemps une très bonne représentation à la Comédie Française.


XXIème siècle : les Artpenteurs sont une troupe de théâtre de Suisse romande, intègre et talentueuse, qui aime se lancer dans les défis les plus fous. (comme monter un western sous petit chapiteau, ou arranger un spectacle de lecture de textes de SF). Là, associée avec le Petit théâtre de Lausanne (dont on ne louera pas assez le bon goût de la programmation), ils ont eu l'idée dingue de monter cette comédie pour des enfants. En condensant l'intrigue sur 1h15, avec des danses et des chansons (en russe) ! Nous y avons emmenés Rosa et Marguerite, assises au premier rang avec d'autres enfants, et elles ont tout saisi et tout compris. Les magouilles, l'argent qu'on échange, les illusions et les espoirs déçus.



Pour réussir ce pari, les comédiens, accompagnés par la metteuse en scène Evelyne Castellino, on joué sur une condensation du texte, un jeu hyper physique, tout en énergie et en image, et des personnages identifiés par des masques, très réussis. Le spectacle est un tourbillon d'élans, d'idées, de situations qui se percutent. Il y a des gags tout le temps, du premier au dernier plan, et toute l'intrigue passe, à travers le mouvement et l'humour.
Une très très grande réussite, qui nous a laissés enthousiastes, et essoufflés. 

Une nouvelle date a été programmée à Lausanne le 16 novembre. Foncez, si vous pouvez !

 



31 octobre 2014

Octobre 2004

Le titre de ce blog vient d’ici :




Et de là :



En octobre 2004, Jacques Chirac était encore président, on ne parlait ni des réseaux sociaux ni des smartphones, et il n’y avait à la maison que deux machines disposant d’un processeur et d’une mémoire vive.

J’ai créé un blog parce que c’était à la mode et que je voulais un moyen de garder trace des livres que je lisais, des films et spectacles que je voyais. Pendant une bonne année, faute de rythme et d’idées, je n’en ai pas fait grand-chose.

Ce type de support, complètement électronique et éphémère à sa façon, ne me paraissait pas destiné à vieillir, et voilà qu’après dix ans il est encore là. Mais, c'est là le point amusant, de truc à la mode on est passé à technologie un peu ringarde. Il faut être un peu vieux pour défendre le RSS...

Durant ces dix dernières années, ce blog a fidèlement rempli sa mission de carnet de route et de lectures et de souvenirs de spectacles. Le tenir force aussi à une pratique régulière de l’écriture. Par contre le système de commentaires n’est pas très propice à la discussion (à côté de ce qui se fait maintenant) mais il a marché suffisamment pour permettre d’ouvrir des conversations intéressantes et de faire des rencontres.

En plus de 178 chroniques de livres, 62 de films et 57 de spectacles, on aura aussi pu trouver en ces lieux :
  • A l’été 2009, le grand jeu de la fantasy française, une amusante occasion de discuter avec les visiteurs.
  • Au printemps 2010, quelques mois de podcast de lectures, qui m’ont convaincu de mon intérêt pour cette forme et de la nécessité d’y travailler beaucoup pour obtenir quelque chose d’intéressant.
  • En 2011 et 2013, des chroniques de campagnes de l’appel de Cthulhu et quelques considérations sur le jeu de rôle.
On n’y aura pas trouvé :

  • Un carnet d’écriture accompagné d’extraits de textes, j'y ai souvent songé et puis non finalement. 
Une petite note maintenant, à ton attention, toi, lecteur de 2024. A l’heure où j’écris ceci, Nicolas S a été président,  François H. aussi, Vladimir Poutine lui, l'est toujours, le taux de certitudes de la cause anthropique du réchauffement climatique selon les experts du GIEC a atteint un niveau vraiment intéressant (>90%). Nous avons à la maison au moins sept machins pourvus de processeurs et produits par des transnationales (mais je ne les compte plus). Mon téléphone est plus puissant que l’ordinateur d’il y a dix ans sur lequel j’ai écrit le premier post de ce blog.

A dans dix ans !



27 octobre 2014

Knie 2014

Quelques mots pour dire que nous sommes allés voir le spectacle 2014 du cirque Knie. (voir ici mon billet de l'année dernière). Cette fois-ci, aucun nom n'a été donné au spectacle, la mode de baptiser les créations annuelles passe peut-être ?



Avec Knie, pas de mauvaises surprises. C'est pro, riche, bien réglé. Le spectacle se déroule sur roulements à billes, avec de très belles lumières, un orchestre live, des numéros de grande qualité. Sans être aussi émouvant que celui de l'année passée, le spectacle de cette année est très réussi. Les comiques suisses ont été remplacés par un vrai clown, David Larible, un peu survendu peut-être, mais très doué dans un registre classique et poétique. Un gros bonhomme dans un pantalon trop large, jonglant avec sa casquette, faisant des gamineries et des jeux rigolos avec le public, notamment une très drôle de mise en scène d'extraits du Trouvère de Verdi, avec participation de trois membres du public.

On a aussi retrouvé les danseurs/acrobates/jongleurs ukrainiens de la troupe Bingo, qui assurent une très belle intro au spectacle, ainsi que de beaux intermèdes. Les numéros de chevaux étaient très bien, complètement magiques, et celui joué par la toute petite fille extrêmement touchant. Mettre en scène la famille est un classique des vieux cirques familiaux, mais qui marchait mieux ici par exemple que chez Grüss où ça sentait un peu la poussière.



Si on ajoute un numéro chinois de diabolos hallucinant de technique, un numéro d'équilibre sur échasses par une montagne de muscles, et un beau numéro de roue infernale-qui-fait-très-peur (avec un tapis au sol pour les moments les plus flippants, j'ai apprécié l'attention).
Bref, un spectacle très homogène, de qualité suisse (à prononcer avec un l'accent d'un alémanique s'essayant au français). Je pense que dans le registre de cirque classique, on est dans le très haut du panier. Et, ultime critère de qualité, les enfants ont adoré.





15 octobre 2014

A bord du darjeeling limited - Wes Anderson

Bientôt on aura fait le tour de la filmographie de M. Anderson, et ce sera bien triste. A bord... n’est pas son film le plus réussi, mais comme tous les films de ce réalisateur, il a ses beautés propres.



Trois frères, des Américains, embarquent à bord d’un train de luxe, en Inde, pour une expédition vers les montagnes et vers un but encore inconnu. La peinture de cette fratrie, pleine de reproches, d’affection, de non-dits, d’histoires pas réglées et d’amour (quand même), est l’élément le plus réussi du film. Les trois acteurs sont extraordinaires, tous justes et on a un grand bonheur et suivre ce triple et improbable héros. Le film vaut aussi pour ses décors, ses couleurs, sa musique, comme un trip ethno-new-age un peu bizarre où les personnages sont sans cesse à côté de leurs pompes, comme s’ils avaient toujours un temps de retard sur les événements.




Bizarre, planant, et au final très chouette.

13 octobre 2014

Récits d’Ellis Island – Georges Perec & Robert Bober – 1ère partie (traces)

Dans cet intéressant billet, Alain Korkos mentionnait ce film que nous avons donc acheté sur le site de l’INA.



Il s’agit d’un documentaire TV réalisé vers 1980 par Robert Bober et écrit par George Perec, un voyage et une enquête sur Ellis Island, l’île des larmes, à l’entrée de New York. Beaucoup a maintenant été dit et écrit sur cet endroit et je ne reviendrai pas dessus. A l’époque l’île venait de devenir un lieu touristique et les zones en ruine étaient encore nombreuses, rien de comparable avec ce que le site bien aménagé qu'on peut visiter maintenant.

Le documentaire est fait avec les moyens et le style de l’époque : une seule caméra, quelques images d’archive, beaucoup d’images d'espaces vides, de trucs cassés… et la voix et le discours, passionnants de Perec, qui demande : que cherchons-nous ici ? Comment montrer ce que c’était ? Comment le voir ? Comment attraper les drames, les vies qui ont filé, qui ont disparu ? Comment saisir cet endroit où des hommes et des femmes laissaient une ancienne vie derrière eux pour en commencer une nouvelle ? Le documentaire apporte de petites bribes de réponses, partielles et partiales. La quête de la mémoire n'est jamais facile.

11 octobre 2014

La fille du capitaine – Alexandre Sergueivitch Pouchkine

1773, sous le règne de Catherine la Grande, dans l’Empire de Russie. Piotr Andréitch Griniov est fils de bonne famille, destiné à devenir officier de la Garde. Son père, pour l’endurcir, l’envoie faire ses armes et former sa jeunesse au fort de Belogorsk, loin, là-bas, vers le pays des Kirghiz… un endroit reculé mais paisible, paraît-il. Et le fort, au final, recèle un trésor : Maria Ivanovna Mironova, la fille du commandant de la place. Mais d’ici à ce que Griniov conquière le cœur de sa bien-aimée, il y aura un duel, une invasion de brigands menée par l’usurpateur Pougatchov, un siège, un enlèvement, des meurtres.
La fille du capitaine des un roman historique d’aventures. De l’action, des sentiments, de la romance, de la guerre, un héros falot au cœur plein d’honneur, une vierge pure et déterminée, un serviteur au cœur d’or, un traître, des bandits, des cosaques, des officiers, la neige, les traîneaux, les chevauchées, le suspense, les retournements de situation… Le tout en 160 pages, livre de poche. Là où d’autres auraient étalé 3 tomes, Pouchkine mène son récit d’une main de maître, sans un mot de trop, et sans sécheresse jamais. On y est : à Belogorsk, au siège d’Orenbourg, avec les Cosaques rebelles, dans les troïkas filant sur la neige. On rit, on tremble (parce que des personnages meurent, parfois de façon atroce), on galope, on s’amuse, on voudrait que ça dure toujours.
Pouchkine a la grâce du poète. Tout, chez lui, est élégant, drôle et vrai. Il touche juste, on s’attache à tous les personnages, même aux méchants, surtout aux méchants : Pougatchov est magnifiquement campé (Pouchkine lui a consacré un essai historique), bandit illettré généreux et fou, lancé dans une cavalcade insensée vers la mort.
Une chose qui pourrait vous faire ne pas aimer ce livre : c’est un livre russe. Avec des isbas, des icônes, des ivrognes, des pères sévères-mais-justes, une tsarine toute puissante, des personnages avec des noms patronymiques en –itch, des samovars, et la plaine immense. Si tout ça vous rend allergique, laissez tomber. Sinon, vous pouvez foncer, c'est génial.

« Votre Noblesse, accorde-moi une faveur ! Fais-moi servir un verre d'eau-de-vie; le thé n'est pas notre boisson à nous, Cosaques  ! »

PS : je l’ai lu dans la traduction française de Vladimir Volkoff. Je ne sais pas si elle est fidèle, mais le texte français est excellent.

Et un jour, peut-être, je parlerai ici d’Eugène Onéguine, un des meilleurs livres du monde.