25 avril 2013

Mon traître - à Vidy

Quelques mots sur le spectacle que nous avons vu mercredi dernier...
Un très beau sujet, basé sur une histoire vécue : un journaliste français devient ami d'un héros de l'IRA, qui a été de tous les grands moments de la lutte contre les Britanniques. Le Français embrasse la cause, donne des coups de main, héberge des amis, transporte de l'argent... Jusqu'à 1994, fin de la lutte, victoire de la cause.
Dans les années 2000 on apprend que le héros était un traître, agent de l'ennemi. Peu de temps après, il est assassiné. Désarroi de l'ami Français, qui écrit deux romans tentant de dire à l'ami disparu ce qu'il n'a jamais pu lui dire...
La pièce est l'adaptation des deux romans.

Les acteurs étaient bien, mais l'adaptation est loin de nous avoir convaincus. Pourquoi ce stand-up immobile, permanent ? Pourquoi cet écran qui sépare les acteurs des spectateurs ? Pourquoi cette overdose de pathos, musique trop forte, effets sonores appuyés ?


19 avril 2013

Anamnèse de Lady Star

Cette semaine devrait paraître notre nouveau livre, l'Anamnèse de Lady Star. Il s'est formé doucement, par accrétion, discussion, rêverie consciente, plus ou moins organisée. Dès le début nous savions qu'il y aurait une femme, des chasseurs, et le vertige de l'espace et du futur. Plusieurs histoires tressées serrées, un fil tiré d'aujourd'hui et maintenant jusque loin dans l'avenir, un jeu de vérité et de mensonges, des rêves auxquels on peut se fier même quand tout se retourne et s'effondre.
Il lui a fallu du temps pour grandir, nous nous sommes perdus souvent, avons lutté pour maintenir clair le dessin d'ensemble.

Gilles Dumay y a cru tout de suite, s'est battu dans des circonstances difficiles pour qu'il paraisse, merci à lui.
Stéphane Perger a dessiné avec acharnement des visages, des fleurs, des spirales et a tenu bon, merci aussi.


Nous l'avons commencé en mai 2009, maintenant il ne nous appartient plus.

Tracklist :
  1. Kirsten
  2. Hypasie
  3. Marguerite
  4. Nomen Rosae
  5. Giessbach
  6. Norn
  7. La fée bleue
Editions Denoël, collection Lunes d'encre.

21 mars 2013

Les revenants à Vidy

Retour à Vidy hier après une longue absence. Nous étions heureux de retrouver l'ambiance du foyer, et plus encore heureux de renouer le contact avec un bon spectacle.


L'action se déroule en Suède, dans une grande maison. Demain on célèbre la mémoire du sénateur Alving en inaugurant un orphelinat. La veuve organise tout, le pasteur arrive, vieil ami de la famille. Le fils est là, de retour après une longue absence. La servante est bien jolie et son père est un drôle de type...


Peu de personnages mais de nombreux secrets, empoisonnés, qui faussent toutes les relations, tous les dialogues. Tout glisse, dérape très vite, le passé revit, ses ombres envahissent le présent, et ni la morale, ni les mensonges bien intentionnés ne tiennent longtemps.
La mise en scène de Thomas Ostermeier pose magnifiquement les personnages, remarquablement incarnés dans un décor, une atmosphère très réussie, lumières froides, meubles épurés, ombres et éclairages de biais. La modernisation de l'action est cosmétique et n'a au fond pas d'importance, le sujet de la pièce glissant de l'hypocrisie sociale vers quelque chose de plus profond, les ombres et les douleurs, les absents qui guident et commandent notre action. Une expérience étrange et angoissante qui m'a fait penser, peut-être par l'ambiance, au travail de David Lynch.






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MARIO DEL CURTO
Mention obligatoire

23 février 2013

Dredd - de Pete Travis


Un trafic de drogues dans un HLM. Les flics arrivent. La bande de trafiquants s'en prend à eux. Voilà le contenu de ce film...
Petits détails : la terre est irradiée, la ville s'appelle Mega City One et a plusieurs centaines de millions d'habitants. La tout HLM a 200 étages et accueille des milliers de personnes. Les flics sont aussi juges, jurys, bourreaux et emmener les coupables ne les intéresse pas. Il font respecter la loi et vont coller une balle dans la tête à toutes ces crapules. Un des juges est un psychopathe et la jeune recrue a des pouvoirs psy. Et la drogue est du Slow-mo(-tion) qui ralentit les perceptions et donne à voir de bien belles choses...


Je ne suis pas familier du personnage du juge de Mega City One. J'ai dû lire une fois un comics, des amis m'en ont parlé, il fait partie d'une sorte de common knowledge SF. Il avait même été adapté en film en 95 avec Stallone et je l'avais vu (et, hérésie, Sylvestre enlevait son casque ! Et puis quoi ? La loi a-t-elle un visage ?)
   


OK, ce film-là n'est pas très fin. OK, les acteurs jouent... heu... moyennement ? (mais finalement, vu que ce Dredd garde son casque et fait la gueule tout le temps, peut-on lui reprocher d'être monolithique ?). Mais le propose est pleinement assumé, sans chichis. Le décor est bien planté. L'univers est à peine décalé du nôtre, juste plus grand, plus crade, plus âpre. Et il y a plein de passages réussis et de chouettes trouvailles (les yeux du hacker, l'utilisation des pouvoirs psy, le mode "war" de la tour), dans un esprit satirique et acide du meilleur aloi, assorti d'un humour pince sans rire. Le film a une vraie identité graphique, dans le genre criard, assez intéressante, surtout que les ralentis et autres bullet-time sont justifiés par l'utilisation du Slow-mo... Et le scénario a l'audace de ne proposer qu'une mission parmi d'autre du juge, business as usual, il ne sauve même pas le monde. 


12 février 2013

The private life of Sherlock Holmes

Le pendu et Cecci ont re-re-vu la vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder.


Comme beaucoup de gens, j'aime Holmes, le mythe holmésien, les créations diverses qu'il a engendrées. Depuis les monographies des Moutons électriques, en passant par les séries TV (notamment l'incroyable Sherlock de la BBC), jusqu'aux diverses reconstitutions de l'appartement du grand détective (rien qu'en Suisse, près de chez moi, il y en a deux !) et les imitateurs : j'ai grandi avec Harry Dickson. 
Mais mon récit holmésien préféré est peut-être cette adaptation faite par l'immense Billy Wilder. D'abord parce que Holmes n'y est pas vraiment le super-héros que j'imaginais enfant (une première vision du film, il y a longtemps, m'avait immensément déçu : aucun génie, des trivialités amoureuses, pouah !) mais plutôt un être humain réel, malin, anglais, spirituel sur-vendu par un Watson pas très fin.


Le film démarre par les symboles du mythe, trouvés dans une caisse poussiéreuse. Il continue sur un ton de pure comédie, frisant le délire, où Billy Wilder se montre immense, puis il devient aventureux, dans les atmosphères fantastiques d'Ecosse, avant de terminer sur une note tragique. Le Sherlock Holmes qu'on y voit, remarquablement incarné, y est un homme touchant, pas insensible aux femmes, pudique et délicat.


J'aime tout dans ce film, les dialogues, les moines dans le train, la femme amnésique tirée des flots, les mystérieuses traces dans la poussière, la promenade en barque sur le loch Ness, le vin servi par Mycroft au Diogenes Club, j'aime tout, c'est du cinéma merveilleux de finesse et de délicatesse. Un chef d'oeuvre.
Encore un mot, peut-être ma réplique préférée, quand Watson voulant éviter tout soupçon pouvant entacher sa réputation et celle de son ami, tente de savoir s'il y a eu des femmes dans la vie de Holmes :
Watson : "Am I being presumptuous? There have been women, haven’t there?"
Holmes : "The answer is yes..."
Puis, avec un temps de retard : "...you are being presumptuous."



PS : je dois à David C. la découverte de la très belle B.O du film, le concerto pour violon et orchestre Opus 24 de Milos Rosza.

05 février 2013

Fiasco - le jeu de rôle

La petite ville de Tranquillity Grove, un coin tranquille, dans le Vieux Sud Tranquille. Par Robertson est vieux, riche, bien installé, grâce à son entreprise de sanitaires. Nathanaël est vieux, noir, et l'employé de Pat. Sa femme est malade. Jack et Amelia Masters s'occupent du stade et du club de foot. Ils n'ont pas de fric, l'équipe est minable, Pat en est le principal sponsor. Ces derniers temps, Pat et Jack se sont disputés, au sujet de l'engagement un peu mou de Pat dans la section locale du Klan, et des mauvais choix stratégiques de Jack sur la pelouse. Pat menace de changer son testament, retirant la grosse somme promise au club (et à la gestion de Jack) s'il venait à mourir.
Une idée diaboliquement tordue germe dans le cerveau de Jack... Et si Nath découvrait que Pat est membre du Klan ? Et si, pris de folie, il le tuait avec la machette ayant appartenu à son ancêtre esclave (celle que Nath montre à tout le monde, dans les bars, en expliquant qu'elle est maudite) ? Ou bien, si, tout simplement, on retrouvait la machette près du corps ? L'héritage serait ainsi sécurisé... Et ce serait la fin de la vie minable des Masters dans leur petit deux-pièce dans les locaux du stade...

Bien sûr, tout ceci va mal tourner...

Nous avons joué cette histoire hier soir. Sans maître de jeu, sans scénario, sans rien de préparé. La base du récit évoquée ci-dessus et les personnages eux-mêmes ont été déterminés par une série de choix plus ou moins accommodés de hasard, dans des tables correspondant au cadre du "petit coin tranquille dans le vieux sud". Ensuite, chacun des joueurs, tour à tour, a pris la parole, décrivant une scène de son personnage, et pouvant décider, selon le cas, comment la scène se terminait pour lui. L'histoire a progressé par rebonds, errances, catastrophes, dans l'esprit de certains films de bras cassés des frères Coen. Bien sûr, les plans conçus ont foiré de toute beauté et ceux qui faisaient profil bas se sont enfuis avec la caisse.
Le jeu a bien tourné, malgré notre manque d'expérience. La partie a duré 2h30 en tout et aurait pu être un peu plus rythmée. Je ne recommande toutefois pas ce jeu aux joueurs timides - c'est presque un "jeu pour maîtres de jeu", il faut parler, intervenir tout le temps, pousser les catastrophes. Le mécanisme permettant de construire le récit est très efficace et amusant, le calcul des points fonctionnent bien, on a vraiment l'impression de voir un film. Et surtout, on ri beaucoup. 

04 février 2013

Ernest et Célestine


Le pendu et Cecci et deux satellites sont allés voir Ernest et Célestine au cinéma.


Alors oui, on adore les albums de Gabrielle Vincent. Et il y a dans ce film un joli travail graphique, dessins et aquarelles, et de belles petites choses et la chanson de Thomas Fersen sur l’Ernest affamé est rigolote. Mais je ne sais pas ce que les critiques du Masque et la plume (pour ne parler que d’eux) ont fumé avant de parler de ce film.


Ca me paraissait impossible d’adapter la poésie décalée des albums, qui font partie des rares histoires pour enfant présentant une réalité sociale : Ernest l’ours est un saltimbanque, marginal, et pauvre (et roumain, je crois). On croise dans les livres, des SDF, des propriétaires pas sympas, des braves gens plus ou moins sympathiques. Les histoires jouent sur des sentiments très ténus et précieux de l’existence.


Adapter tout ça était difficile, et le film y a échoué. Le scénariste (Daniel Pennac) a choisi de prendre les choses sous l’angle de la fable et du conte, et il a bien fait, mais le résultat n’est que très moyennement convaincant, avec gags, scènes d’actions et suspense un peu artificiel. On a un scénario bien lisse, sur le respect-de-la-différence et le vivre-ensemble-dans-la-société. J’espère que les producteurs ont eu quelques financements publics avec autant de bons sentiments. Le film se laisse regarder, rien de honteux, mais on est loin de la merveille annoncée par les affiches.


 (au passage, la plus grosse erreur du film : Célestine est sensée être une enfant. Pourquoi lui avoir donné cette voix de gorge et ces dialogues d’adulte ?)
Vous voulez de l’animation française de très grande qualité ? Regardez plutôt les triplettes de Belleville ou l’Illusionniste.