19 février 2017

Arrêt du coeur – Dorothy Sayers

Nous avions apprécié, sans être enthousiasmé, la deuxième enquête de Lord Peter. Le troisième roman de la série, Arrêt du cœur, est, quant à lui, tout à fait remarquable. Il commence toutefois très doucement, par une conversation dans un restaurant avec un jeune médecin qui a des doutes sur le décès d’une de ses patientes, atteinte du cancer, mais morte soudainement quelques mois avant la date attendue. Et Lord Peter de s’intéresser à cette non-affaire, à tenter de voir le crime là où il n’est sans doute pas, et de théoriser sur tous ces meurtres parfaits, parfaits parce que réussis et jamais remarqués par la police. Cet assassinat parfait est le défi littéraire de ce roman, dont l’intrigue, d’abord simple, autour d’une vieille femme dans une petite ville de province, ne cesse de se complexifier, de gagner en suspense et en mystère. 
En plus de l’intrigue, le roman est remarquable par sa peinture de mœurs : notaires, vieux ecclésiastiques, femmes célibataires qui gâchent leur intelligence, domestiques plus ou moins rusés… Miss Alexandra Climpson, assistante de Lord Peter pour cette aventure, lui donne beaucoup de sa saveur. Les bonnes scènes sont nombreuses, depuis la tentative malheureuse et dangereuse de séduction de Lord Peter, en passant par la visite du notaire à la patiente mourante dans la maison vide, où la scène de la découverte du cadavre sur la plage, la meilleure étant celle où, à partir d’un papier allusif contenant les notes préparées pour une confession, Ms Climpson parvient à… (chut).
Enfin, j’ai été touché par la peinture très discrète et émouvante des deux couples de femmes qui structurent l’intrigue. 
Le charme que je trouve aux aventures de Lord Peter tient, je crois, au passage dans un cadre réaliste, souvent cruel, d’un prince charmant de conte de fées, léger, joyeux et drôle. Ça donne envie d’en lire d’autres.

17 février 2017

Ma vie de courgette – Claude Barras

Du Ken Loach pour enfants. Voilà à quoi m'a fait penser ce film d'animation.

"Courgette" est le surnom d'un garçon qui perd sa maman dans des circonstances tragico-absurdes et qui se retrouve envoyé dans un foyer, où il sera bizuté avant de se faire des amis de ses compagnons d'infortune. Malgré les marionnettes et les couleurs acidulées, ma vie de Courgette joue dans un registre réaliste, que ce soit dans les dialogues crus, les interactions parfois cruelles des enfants entre eux, les réactions des adultes (ni des monstres, ni des anges, des gens désespérément faillibles), les situations sociales difficiles de chacun des héros. Le film est souvent drôle, parfois grinçant, parfois tendre. Je ne sais pas trop quoi en penser. Il fallait être culotté pour écrire et proposer ça pour des enfants. Les miennes ont détesté, peut-être ce monde est-il trop loin d'elles, il est sûr elles n'aimaient pas ces personnages aux grands yeux tristes. J'ai trouvé pour ma part le film un peu bancal, hésitant entre la description d'un milieu et d'un petit monde, le foyer (très réussi) et la nécessité de raconter une histoire, au risque de perdre les jeunes spectateurs.
Et à la fin, Sophie Hunger chante Le vent l'emportera, ce qui résume bien toute l'ambivalence de mes sentiments envers le film.


Quoi que je pense de l'histoire, l'animation à base de marionnettes est formidable et le film est plastiquement très intéressant. Rien que pour cela, et pour ses choix culottés, il mérite une véritable attention.


16 février 2017

Un secret à la fenêtre – Norma Huidobro

Ce quatrième roman policier que nous lisons de cette excellente auteure argentine est aussi bien que les autres. On y trouve un timbre de valeur, un chanteur de tango, une pizzeria, un jeune héros éduqué par sa grande sœur et bien sûr, un meurtre mystérieux. L’histoire est énergique, réaliste, pleine de questions, de flan au caramel et d’échappatoires vers le rêve, ici avec l’histoire de la dame d'Elche.
J’ai du mal à comprendre ce qui fait que j’aime autant les histoires de Norma Huidobro. Elles reposent toutes sur un équilibre subtil, un mélange entre réalisme social (le contexte est toujours très précis), intrigues policières bien ficelées, une réelle attention portée aux personnages (notamment aux enfants qui en sont les protagonistes), un style concis, à la fois simple et évocateur et une once de mélancolie. Il faut un réel talent pour tenir ensemble tous ces ingrédients, Norma Huidobro y arrive dans chacun des romans policiers que nous avons lu avec les enfants. Je leur dois cette heureuse découverte. 
 
 
 
 
 


15 février 2017

La nuit des chasseurs


Texas, 1890. Des bandits planqués en haut d’une colline, guettant la diligence convoyant de l’or, croient-ils. Ils dévalent la pente au galop, menacent le conducteur… pour découvrir que la diligence ne transporte pas le chargement à destination de la banque, mais un groupe d’U.S. marshalls bien armés. La fusillade est terrible, les corps tombent, le combat absurdement sanglant ne laisse qu’une poignée de bandits survivants. Et une étrange idée les traverse… Si nous nous emparions de l’identité des hommes de loi, pour nous rendre à la ville de Desolation, là où la population les attend ? Là où se trouve peut-être, encore, le trésor de la bande Jefferson-Dawson ?
Votre aventure commence ici, vous êtes ces bandits déguisés en marshalls, venus résoudre un mystère vieux de déjà cinq ans...

La nuit des chasseurs est un jeu de rôle complet sous forme d’un petit livret, comprenant la mise en bouche évoquée ci-dessus, la description de la ville de Desolation, ses habitants et ses mystères, et une poignée d’intrigues majeures. De quoi jouer un gros scénario ou une petite campagne (notre choix). Les appendices contiennent des considérations bien vues sur le thème, l’époque et un système de jeu que nous n'avons pas utilisé. Le tout est d’un grand plaisir de lecture, dense et serré, et donne immédiatement envie de jouer: mes lecteurs habituels sauront que c’est là mon critère pour juger les bons bouquins de jeu de rôle.

Donc, nous avons joué la nuit des chasseurs, et ça marche, et c’est très bien. Vous avez envie de passer quelques heures dans une ambiance de western crépusculaire ? Ce petit livret vous donne tout ce qu’il vous faut pour vous faire votre Deadwood à vous : PNJs, coups tordus, histoire de faux semblants, de mensonges et de rédemption.



A partir de maintenant, cessez de lire si vous avez l’intention de jouer, car je vais raconter brièvement notre version de la campagne. Le compte-rendu, allusif, fait référence aux personnages du livret.

Donc, survivants à l’attaque de la diligence par Jefferson, se trouvent Lawrence le beau-parleur et l’Indien (métis français-sioux). Et dans la diligence, plaqué au sol pendant la fusillade et découvrant avec effarement les cadavres, monsieur Flemming, venu soigner sa tuberculose dans les paysages plus secs du Texas et prendre le poste d’instituteur de Desolation. Flemming aura l’intelligence d’accepter d’accréditer le récit de la fusillade: mais oui, ces deux hommes survivants sont bien les marshalls David Schneider et Thomas Planche.

Pendant que l’instituteur prend son poste, découvre les magouilles de la ville et la disparition de sa prédecesseuse, Ms Simpson (en vérité assassinée par le tueur de filles, après avoir été collée enceinte par le maire qui: 1- l’avait violée, 2- lui a collé la réputation d’être une fille facile), les deux marshalls se prennent au jeu et chassent les bandits. A vrai dire, Lawrence est plus intéressé par le trésor, ce que l’Indien lui accorde comme une lubie.
Poursuites dans l’arrière pays, pistage jusqu’à Fort Reines, enquête sur le massacre d’une famille de Noirs, pièges, embuscades… 
L’Indien sympathise avec Guthrie, le propriétaire de la mine, et d’une certaine façon avec Garreth, son contremaître. Quand Guthrie est assassiné par Loomis, c’est naturellement vers l’Indien que se tournera la veuve pour ses missions les plus délicates.
Une milice est formée en ville, mauvais souvenir de celle qui avait été formée pour lutter contre Dawson. L’espion de Loomis est trouvé, filé, chassé. Loomis abandonne Fort Reines et se perd au sud du Rio Grande. Certains se demandent pourquoi Loomis s’en prenait surtout aux fermes de la région (dont une bonne partie payent loyer à M. Price), plutôt qu’à la ville elle-même (dont l’essentiel des maisons est la propriété de M. Wilde).
Le marshall Planche (l’Indien) est envoyé à Dallas (expédition mémorable, le bandit-cow boy n’ayant jamais mis les pieds dans une grande ville) pour ramener le fils Price, à la demande sa soeur, la troublante Esther, qui pense que même si la mine d’or ne rend plus, le rapport du Federal Bureau of Geology (un Mac Guffin de quelques courses-poursuites, vols et cambriolages) laisse penser que le minerai de Bauxite, auquel l’or est mêlé, pourrait avoir une valeur encore plus grande. Au retour de Dallas, Planche manque de succomber dans une embuscade tendue par… Loomis ? Non. Par Trevor, l’homme de main de Wilde !
Avec l’aide de la jeune McLane (sa meilleure élève), l’instituteur découvre la source des gémissements mystérieux qu’on entend venir du nord, quand le vent souffle. On écoute le sol avec un appareil conçu à cet effet, et on découvre une mystérieuse cache souterraine où gémit dans les ténèbres et la puanteur un homme devenu fou. « Garreth… je vais te tuer… » 
Les marshalls enquêtent aussi sur les filles disparues, avec l’aide de Ms Clara Stanford, qui tombe amoureuse de l’Indien, malgré sa crasse et son manque de vocabulaire. On commence par découvrir ces meurtres dont le sheriff et le maire avaient caché l’existence, on parle signes mystérieux, apocalypse, etc. L’Indien fait semblant de violer Ms Stanford, pour que celle-ci, devenue enceinte, puisse servir de cible au tueur (malheureusement, celui-ci s’en prendra d’abord à Dixie, la prostituée préférée du Reverend Richardson).
Les choses s’accélèrent, autour de la mine Guthrie, autour du trésor : les marshalls remontent peu à peu les pistes, le coffre à la banque, le ranch de l’Allemand, la carte très approximative, les bijoux dans les tunnels inondés de la mine (que Martha voudrait explorer à l’aide d’un système d’exploration sous-marine: pompe, tuyau, casque en bocal à poissons rouges - Flemming désapprouve). Ils se retrouvent confrontés à Polland, le détective de la Pinkerton, qui les espionne, les précède parfois, manque de tuer Lawrence...
Un marshall arrive en ville, qui prétend être un vieux copain de Planche et Schneider...
Une nuit de cauchemar, le tueur de filles manque d’éventrer Ms Stanford, se fait descendre. Et alors que les marshalls battent la campagne pour trouver pourquoi le trésor ne se trouve plus à l’endroit indiqué par la carte (réponse: il a été trouvé, déterré et gardé précieusement par Bear, l’ancien complice de Dawson), Loomis revient en ville accompagné d’une troupe de mercenaires mexicains et met en scène dans le saloon le procès dément du cadavre de Jefferson et du marshall Caine, un mort et un fou. Il y aura des enfants pris en otages, des innocents menacés, parfois tués, beaucoup de coups de feu et un duel pas propre derrière le bar entre Loomis et l’Indien.
L’histoire se termine avec Flemming, pauvre et intègre, faisant venir sa fiancé à Desolation, et les marshalls, qui ont trouvé le trésor et assassiné Bear, se séparant et disparaissant vers d’autres horizons, Lawrence vers la Californie, l’Indien vers le Minnesota, où il emmène Ms Stanford qui deviendra sa femme. 
 
 

Ce fut donc une bien chouette campagne ! Nous n’avions jamais expérimenté le western en jeu de rôle, c’est un cadre qui marche très bien. Le lecteur attentif notera que nous avons modifié des éléments de l’intrigue. Loomis est devenu une ombre mystérieuse dont on voit la silhouette partout, en plus d’être un excellent tireur. Il y a eu toute une intrigue autour de la famille Guthrie, de la mine et de son avenir (et de la promesse de voir un jour - ou pas - Desolation devenir une ville minière enrichie par l’aluminium). Le trésor a été caché un peu ailleurs et j’ai introduit un paquet de fausses pistes et de rumeurs. 
Pour ce qui est de l’intrigue, le jeu qui consiste à reconstituer la dernière nuit du marshall Caine est très amusant, permettant de nombreuses rencontres entre PJs et PNJs : Flemming ayant la tête qui tourne au-dessus du décolleté de la veuve de Cletus, l’Indien sympathisant avec Quincy le croque-mort, ses enfants aux grands yeux et sa soeur folle, Lawrence jouant aux cartes avec James Jr et s’infiltrant ainsi dans la banque...
Bref, c’était bien. Si vous connaissez d’autres jeux, d’autres livrets du même genre, je suis preneur !

14 février 2017

Vendredi – Robert Heinlein

Robert Heinlein fait partie de ces auteurs de l'âge d'or de la science-fiction que je n'ai pas lus pendant mon adolescence. Je n'ai donc pas de relation émotionnelle particulière avec lui. Je sais qu'il tient un rôle particulier dans l'histoire du genre, mais je n'ai pas réussi à accrocher à ceux de ses livres que j'ai lus : le premier était un juvenile intitulé sixième colonne, publié par Terre de brumes, que j’avais trouvé rigolo mais  horriblement daté, le second, étoiles garde à vous, m’intéressait parce qu’il a inspiré un film que j’adore, Starship troopers.  La lecture du roman m’avait réellement troublé, car là où le film est férocement ironique, le roman ne l’est pas, dans sa présentation d’une démocratie militaire.
Venons en à Vendredi. Vendredi est le nom de l’héroïne, qui nous parle à la première personne durant tout le livre, ce dernier constituant des sortes de mémoires. Vendredi vit dans un futur assez proche, avec colonisation spatiale, Etats-Unis balkanisés, affrontement d’Etats et de Transnationales… Elle est un courrier, sorte de super agent d’élite, forte, rapide, habile, intelligente et belle. Elle travaille pour une ONG mystérieuse, dont elle ne sait pas grand chose (ce qui est pratique quand elle se fait capturer), qui la paye bien et l’emploie au maximum de ses capacités. Ah oui, Vendredi est aussi un Etre Artificiel, un humain né en éprouvettes, amélioré génétiquement avec un gros paquet de bonus.
Ce qui fait les qualités de ce roman: l’héroïne est énergique, sympathique, joyeuse, et elle est propulsée à travers des intrigues géopolitiques tellement tordues que personne n’y comprend rien (elle non plus), se faisant des amis, des amants, tentant de survivre à toutes sortes d’avanies. J’ai eu l’impression qu’elle passait son temps à courir de ci, de là, fuyant les ennuis, les précédant parfois, l'ensemble est assez drôle.
Le livre est bourré d’idées de SF: Etats-Unis balkanisés, mariages polyamoureux, vols balistiques, terroristes de tous poils (vraiment bizarres), racisme envers les Etres Artificiels, technologies de rupture carrément youpi (shipstones pour stocker l’énergie, véhicules anti-grav, et tout un tas de gens qui se déplacent quand même à cheval, réseaux informatiques… ), considérations sur la société, la fin des civilisations, la liberté sexuelle. Heinlein a des idées dans tous les sens et il arrive à en faire passer la plupart dans l’action, nous offrant un futur auquel je n’étais plus habitué, quelque part entre le cyberpunk et la SF de l’âge d’or, c’est très rafraîchissant. Le roman est du genre picaresque, on va ici ou là sans vraiment de trame, ça fait partie du charme et des limites du texte. Les limites, venons-y : d’interminables dialogues, une apologie hyper datée de la liberté sexuelle, pleine de sentimentalisme et de nunucheries dignes d’un mauvais soap. Une fascination pour les questions de comptes en banques et de cartes de crédit, qui m’a bien saoulé et m’a fait lire en diagonale des dizaines de pages, un manque global de structure qui empêche d’accorder des enjeux à l'histoire.
Bref, c’est un très drôle de livre, plein de visions justes (sachant qu’il date de 1982 ! - propagandes, société de surveillance, multinationales militarisées), d’apologies de la liberté, valeur cardinale de l’héroïne, de respect de la personne humaine, de coucheries (racontées sagement) et d’aventures tadam ! Je me suis parfois ennuyé, j’ai été souvent intrigué et impressionné.

Cette notule très intéressante parue dans Bifrost situe le roman dans l'oeuvre d'Heinlein. J'en recommande chaudement la lecture !

08 février 2017

Le grand sommeil – Raymond Chandler

Philip Marlowe est un grand gaillard costaud, cynique et mariolle, détective privé à Los Angeles à la fin des années 30. Le général Sternwoord, mourant l’embauche pour qu’il mette fin au chantage qu’un drôle de librairie exerce sur une de ses filles. Le général a deux filles, Carmen est une marie-couche-toi-là assez désaxée, Vivian a un tempérament de feu, un caractère de chien et une propension à jouer excessivement à la roulette et à épouser des gangsters.
Bref, c’est du roman noir caricatural. Pour une bonne raison: Chandler fait partie de ceux qui ont inventé le genre, celui du récit ou un costaud à chapeau de feutre et au grand coeur mène une enquête tordue, prend des coups, collectionne les cadavres, fréquente des femmes fatales. 
En vérité, le grand sommeil est un super bon roman. C’est dense comme un café noir, l’intrigue est tordue à souhait mais bien arrangée : c’est aussi un vrai polar, on a envie d’en savoir plus, tout le temps. Marlowe est un beau personnage entre cynisme et mélancolie. Et, pour ne rien gâcher, la version française est signée Boris Vian aka Vernon Sullivan, qui produira lui-même ses propres romans noirs, bien plus violents, quelques années plus tard.
Un autre point qui m’intéresse: les parentés de ton entre ce roman et les Nestor Burma de Léo Malet sont très nombreuses. Burma est vraiment la version française de Marlowe, écho plutôt que clone. Malet avait-il lu Chandler ? (le grand sommeil : 1939, mais la traduction est venue plus tard. 120 rue de la gare, première apparition de Nestor Burma: 1942. Qu’en dire ?) 
Ha, j'oubliais: cette lecture me vient aussi du blog vidéo de M. Depotte. Merci à lui !

01 février 2017

Les faux monnayeurs – André Gide

Si vous ne connaissez pas déjà les intéressantes petites vidéos de lectures de l'ami J.P. Depotte, je vous invite à les découvrir : en une douzaine de minutes, il y résume, commente et analyse, avec un bonheur communicatif, des classiques de la littérature, qu'on soit dans le genre ou dans la littérature blanche la plus balisée.
C'est ainsi qu'après l'avoir écouté, sur un coup de tête, je me suis procuré ces faux monnayeurs, d'André Gide, auteur que je crois n'avoir jamais lu.
Soyons clairs : il s'agit de littérature française contemporaine. Ca se passe à Paris dans de beaux appartements haussmanniens, des lycées chics et une station alpestre suisse ; les personnages sont des jeunes bourgeois, des notables ou des écrivains qui aiment bien se prendre la tête; il y est pas mal question de sexe, et particulièrement d'homosexualité; tout ceci fait un paquet de raisons pour que le roman ne m'intéresse pas.
Mais en vérité, le sujet du roman n'a pas tant d'importance, parce que les faux monnayeurs est avant tout un roman sur le roman, sur la relation entre la vie et le roman, sur le naturalisme et sur le rêve, sur les histoires où on voit l'écrivain raconter l'histoire, se cacher derrière des masques et apparaître au coin d'une scène, où le je n'est pas toujours celui qu'on pense. C'est très français, très parisien et incroyablement intelligent. Pour peu qu'on accepte de se prêter au jeu littéraire, on ressentira à cette lecture d'étonnants vertiges.