02 décembre 2009
Philoctète - Heiner Müller - à Vidy
30 novembre 2009
Bifrost 56 - Ted Chiang, J.M Ligny, Don Lorenjy

21 novembre 2009
La vieille et la bête – Ilka Schönbein
Une heure quinze de spectacle. Une femme étrange sur une petite scène comme un présentoir. Une autre, musicienne en frac et haut de forme (et petite moustache) qu'on dirait toute droit sortie du cirque bizarre. Sur scène, la femme étrange se contorsionne, anime une ballerine avec ses pieds, a des sourires un peu trop grands, un peu séniles. Elle file des contes, des histoires de princesse et des vieilles dames qui ne veulent pas quitter leur maison. On distribue des pommes, on casse des verres, on jette de la paille par terre (pour l'âne) et tout ça est parfaitement, totalement cohérent.J'ai eu peur, parfois.
Vive la vie, vive l'amour...
vive la mort.
P.S : le théâtre recommandait "à partir de 9 ans". Pour des enfants pas trop impressionnables, ou alors prévoyez la cellule d'aide psychologique à la sortie... C'est un spectacle pour le moins... rugueux.
P.P.S : les représentations à Vidy sont passées, mais je pense que le spectacle va tourner. Si vous le voyez passer près de chez vous, allez y manger une pomme à notre santé.
Retour sur l'horizon : quinze textes de science-fiction rassemblés par Serge Lehman
Voilà, j'ai enfin fini par lire ce recueil. J'ai profité d'un moment non euclidien (les autres moments étaient déjà occupés), dans mon canapé, pour découvrir le dernier texte, l'Hilbert Hotel de Xavier Mauméjean.Je ne serais pas très légitime pour faire un commentaire détaillé du recueil, d'autres l'ont déjà fait avant moi. Les textes sont globalement bons, sans fausse note, je les ai tous lus avec plaisir. Certains m'ont toutefois touché plus que d'autres. Je partagerai mes découvertes heureuses.
Ce qui reste du réel, d'Emmanuel Werner/Fabrice Colin, avec son refuge de montagne, la tête de PKD et la guerre en contrebas. Je l'ai lu dans un état de fatigue prononcé, par un voyage en train nocturne et je suis descendu à ma gare en n'étant plus très sûr de l'existence du reste de l'univers.
j'ai ri (jaune, comme toujours) avec le texte de Catherine Dufour, mais ce n'est pas de la SF, c'est la réalité, hein ?
Dans le genre fin du monde qui tache les doigts, j'ai aimé la Lumière Noire de Thomas Day et la Terre de fraye de Jérôme Noirez. Les deux textes ne sont pas sans défauts, mais ils ont une énergie qui m'a séduit.
Et j'ai été particulièrement séduit par le texte borgesien de Léo Henry et par la très poétique errance des personnages de Daylon. Son penché sur le berceau des géants m'a montré que ce jeune homme pouvait exprimer par écrit ce qu'il faisait si bien par la photo (que l'on peut regarder ici, il n'est pas inutile de le rappeler).
J'ai aimé aussi la nouvelle de David Calvo, mais je ne suis pas du tout objectif.
26 octobre 2009
Small World - Martin Suter
Vous êtes assis sur un fauteuil, une bibliothèque (inconnue) à portée de la main. Envie de lire quelque chose. vous regardez les romans à distance de longueur de bras et vous piochez Small World de Martin Suter.
Pourquoi avoir choisi celui-ci ? Le 4 de couverture était alléchant. Roman publié chez Christian Bourgois, puis Points Seuil, éditeurs de qualité. Roman récent d'un auteur suisse, dont l’histoire se passe en Suisse. Disons que je m’intéresse à ce que disent les écrivains de mon pays de résidence…
L’histoire met en scène une riche famille de la grande bourgeoisie suisse, dirigée d’une main de fer par Elvira Senn, vieille femme ferme, élégante et cruellement pragmatique.
Dans cette famille, Conrad. Frère d’adoption, ami/faire-valoir du fils de la maison. Entretenu toute sa vie par la famille. Personnage inutile et attachant, Conrad, âgé d’une soixantaine d’années, commence à perdre la mémoire… et en même temps que ces pertes de mémoire, resurgissent des souvenirs de sa petite enfance qu’Elvira aimerait ne pas voir ressortir.
Le 4ème de couverture annonce un cas médical, un roman social, un roman policier. Il est assez juste :
cas médical, le roman est un portrait, à travers un personnage intéressant, des effets et des soins liés à la maladie d’Alzheimer. Le roman étant bien documenté, j’y ai appris toutes sortes de choses intéressantes sur le sujet. Le récit de la maladie y est fait sur un ton juste, ni larmoyant, ni voyeur, ni distant.
roman social, on y trouve un portrait de la (bonne) société suisse, depuis les années 30 jusqu’aux années 80. C’est sans doute le point qui m’a le plus intéressé. Le lecteur français y trouvera un monde feutré, taiseux, où l’argent pèse très lourd, où les hommes (et les femmes) sont souvent brutaux et pragmatique.
roman policier, enfin. Les secrets dissimulés se devinent assez bien, et on sent que cet élément a été ajouté par l’auteur pour faire passer les autres aspects de son histoire. Si l’intrigue reste intéressante (dû à un traitement réussi des personnages et à des portraits souvent très justes – l’auteur me semble avoir une vision vraie de la société suisse), sa chute, très scénarisée, n’offre pas grand intérêt. Disons qu’elle ferait un film grand public agréable, mais que l’ambition littéraire en est réduite.
Le titre Small World, que je trouvais d’assez mauvais goût (titre en anglais = vendeur) s’explique en fait de manière très touchante.
Merci à Livia pour cette lecture !
22 octobre 2009
Jérusalem au poker - Edward Whittemore
Ils te diront tous la même chose, et sans hésiter un seul instant. Nous continuons à vivre dans la vie des autres, et il n'y a aucune fin en vue, c'est sûr.
Je cite Joe O'Sullivan Beare parce que cet Irlandais bavard dit les choses mieux que moi, et je n'ai pas grand chose à ajouter après avoir lu Jérusalem au poker. J'en ai trouvé le début un peu laborieux car reprenant trop de choses du premier volume. Et j'ai profondément aimé le livre dès que Nubar Wallenstein, pathétique fasciste de château hanté, est entré dans la danse. Bombastus Von Paraheim Ho ! Obsessions alchimiques, maladies hyrdrargiques, uniformes noirs, princes afghans décadents, tonnelets de raki à la mûre, réunions maçonniques souterraines, reine du consortium du pétrole, assise sur un tapis volant, posant sa main noire sur les champs pétroliers du moyen-orient (madame sept pour cents).
Avec Joe et Cairo, j'ai passé Noël en buvant du champagne et mangeant des homards, sur les toits de Jérusalem. J'ai écouté un noble japonais sioniste jouer de la musique traditionnelle au monastère Sainte Catherine du Sinaï, accompagné par un violoncelle yiddish venu de Hongrie. J'ai traversé un palazzo vénitien tellement pillé qu'il ne restait plus que la brume pour soutenir l'intérieur de ses façades. Strongbow Plantagenet et Menelik Ziwar, les deux bons génies, Stern, le trafiquant d'armes devenu un des noms de Dieu, et tous les fous, tous les insensés, tous les conteurs, tous ont commencé à devenir des mythes.
Le quatuor de Jérusalem engendre ses propres mythes, c'est un vertige.
Je le dis avec les autres , si vous croyez à la force des livres, lisez-le.
19 octobre 2009
Abraham au collège de France
Je partage ici mon second coup de cœur parmi les podcasts du collège de France : le cours sur la construction d’un ancêtre – la formation du cycle d’Abraham, du professeur Thomas Römer.
Thomas Römer est un orateur brillant, qui parle avec rigueur et humour de la façon dont s’est constitué le cycle d’Abraham dans le livre de la Genèse. Son cours est une très belle initiation à la façon dont on aborde scientifiquement les textes bibliques de nos jours.
Le cycle d’Abraham contient nombre de passages très intéressants et souvent mystérieux :
- La “vente” de Sarah au pharaon par Abraham en Egypte.
- La naissance d’Ismaël et du peuple arabe
- Le cycle de Loth et la destruction de Sodome et Gomorrhe
- la visite des trois-anges-qui-sont-un à Abraham et Sarah, le rire de Sarah.
- La naissance et le sacrifice d’Isaac…
Attention, ce cours n’est pas un cours d’exégèse chrétienne ou rabbinique (même si les exégètes, qui lurent et lisent encore ces textes avec une immense attention, sont souvent cités). On cherche surtout à comprendre les textes : qu’est-ce que les auteurs ont voulu dire, comment s’y sont-ils pris, que pouvait signifier tel ou tel passage, pris dans le contexte de l’époque de rédaction ?
Pour cela, le professeur s’appuie sur les textes bibliques eux-mêmes, sur les textes contemporains (assyriens, babyloniens, égyptiens…), sur les découvertes archéologiques…
La thèse de Thomas Römer, concernant Abraham, est que ce personnage – image même du migrant en route vers la terre promise par Dieu – est en fait un personnage autochtone (de Palestine). La tradition orale de ses aventures (en Egypte, avec son frère Loth…) aurait été reprise par des rédacteurs postérieurs à l’Exode pour en faire une anticipation et un récit parallèle à celui de Moïse, illustrant une des tensions présentes dans le judaïsme : en opposition à l’exclusivisme de l’Exode (qui insiste sur ce qui distingue et sépare le peuple juif des autres) on voit là une vision des juifs comme peuple parmi les autres, devant conclure alliance et traités avec eux.
Il s’intéresse au texte dans tous ses détails, étudiant les genres littéraires (par exemple, les récits de naissances annoncées par Yahvé), les récits qui se répètent (on trouve trois fois dans la Genèse le même récit du patriarche – Abraham ou Isaac – vendant sa femme à un roi étranger), aux contradictions sur les âges des personnages, sur les agencements des évènements… Il souligne aussi la poésie, les jeux de mots (en hébreux of course), l’humour des textes vis à vis de leurs personnages.
Une très belle découverte pour moi, et un cours passionnant.

