25 février 2024

Les Perses - au théâtre Beno Besson

Les Perses, pièce de Leili Yahr "d'après" Eschyle, est une proposition théâtrale risquée. On nous promet de la vidéo, des témoignages d'exilées iraniennes installées en Suisse, une exploration des origines de l'autrice, des chœurs en grec ancien et un référent "grande culture" en la personne d'Eschyle, avec le texte de sa pièce Les Perses, le plus ancien texte de théâtre connu, rien que ça. Avec ces ingrédients, on pourrait s'attendre à un mélange de culture pour bourgeois avec des morceaux de bonne conscience dedans, et on aurait bien tort.

Le spectacle est très intense et très beau et parvient à assembler avec élégance toutes les idées que j'ai évoquées ci-dessus. On avait vu l'an dernier la pièce "iranienne" précédente de la même compagnie, The Glass Room, dont j'avais déjà apprécié le mélange entre théâtre, témoignages et documentaire autour de la révolution islamique. Les Perses se veut moins documentaire et plus poétique. On y voit des extraits de témoignages face caméra (très bien filmés !) sur un écran géant de femmes iraniennes arrivées en Suisse entre les années 1970 et les années 2020. Un narrateur lit leur témoignages tout en donnant l'impression d'échanger avec les images à l'écran (pourquoi les faire lire par un homme au pupitre ? Est-ce une question de rythme ?). Puis l'écran de projection devient écran de théâtre : par un jeu de lumières, il découpe la scène en deux parties, laisse apparaître un beau trio de musiciens à l'arrière-scène, donne à voir les acteurs qui passent d'un côté ou de l'autre, dans un dispositif scénographique à la fois très simple, précis et élégant. Les témoignages des Persanes rythment le déroulé de la pièce d'Eschyle, dont la troupe fait une pièce musicale accompagnée de monologues plutôt que l'inverse.

Les Perses raconte la réception, à la cour de Suse, de la nouvelle de la défaite de Xerxès à Salamine. Rêve angoissé de la reine, arrivée du messager, récit du malheur, convocation du fantôme de Darius puis retour du roi épuisé... Grondement sourd de l'angoisse, arrivée du malheur, récit des mauvaises nouvelles... Il n'y a rien à faire d'autre qu'accomplir les rites et encaisser. 

La mise en scène porte magnifiquement cet écho angoissé que les témoignages tissent avec la réalité iranienne contemporaine. Par une étrange inversion, Eschyle, qui inverse déjà le récit de la grandeur des Grecs en le présentant à travers l'angoisse d'une mère, Eschyle le Grec permet d'exprimer l'angoisse contemporaine de la société iranienne. 

Le chœur du théâtre antique est bien présent sur scène, sous la forme de cinq femmes chantant en grec ancien, et cette partie est superbe. J'ai été transporté par les rythmes, par la musique (percussions, violoncelle et harpe), par le son étrange de cette langue dont je saisissais à la volée quelques mots. Le récit de la bataille de la Salamine par le messager terrifié est un grand moment de théâtre, à la fois épique et terrifiant, et j'ai eu le sentiment, par l'écho de la voix d'Eschyle - qui en a sans doute été témoin - d'être transporté là-bas.

J'ai été emmené. Dans le rêve de la reine Atossa, dans ce lent passage où ses servantes la revêtent d'or, dans ces moments où elle accomplit les rites de libation, dans l'invocation des ombres, l'écoute du messager ou le retour terrifié de Xerxès tirant le malheur du monde...

Ainsi Les Perses nous a reliés, à travers le temps et l'espace, à des lieux et des personnes lointaines. Parvenir à ouvrir le monde, à créer une empathie qui dépasse les distances, c'est une expérience rare et une grande réussite de cette pièce, et un grand pouvoir du théâtre.








23 février 2024

Le grand sommeil #2 – Raymond Chandler

 

Tiens, je reblogue sur un roman que j'ai déjà chroniqué. Ca ne m'était jamais arrivé, mais il faut un début à tout.

Je l'ai relu pour voir si  on pouvait l'adapter en scénar de jdr 1-1. Je pense que oui, je dirai peut être quelque chose ici si je le fais jouer. L'intrigue est plutôt solide et les personnages bien écrits. 

La relecture, 7 ans après la lecture initiale m'a montré que: 1) à part la scène d'ouverture dans la serre, j'avais oublié beaucoup, ce qui est assez affolant concernant ma mémoire... 2) je n'avais pas compris certains thèmes/personnages. Je reviens là-dessus ci dessous, après la balise spoilers.

Cette relecture était vraiment cool. Le roman est vraiment très dense, pas évident à suivre si on ne fait pas attention. Je trouve la traduction de Vian un peu datée, elle fait naître parfois de drôles d'images. 

Pour ce qui est des personnages féminins, je les trouve cools tous les trois, mais il sont pas mal objectifiés par le regard de gros macho de Marlowe. 

SPOILERS, donc.

Ma relecture de l'histoire me fait me demander comment le tueur est entré dans la maison de Geiger pour faire son affaire à ce dernier. Il y a un jeu dans le récit autour de "qui a les clés". Le tueur pourrait être passé par la fenêtre, mais j'ai loupé l'information si c'est le cas.

Ou alors, comme je l'ai lu ailleurs, Owen pourrait être innocent et Geiger pourrait avoir été tué par Carmen. Dans ce cas, comment Brody récupère-t-il la photo ? En entrant dans la maison après ? Et Owen, son coup sur la tête ? Pas évident.

Je réalise aussi que deux des personnages, au moins, sont handicapés. Le général, évidemment : le motif principal des secrets maintenus par Vivian et de l'action de Marlowe sont de préserver ce vieil homme  invalide de la peine et de la douleur.

La deuxième est évidemment Carmen, qui souffre d'une forme d'épilepsie et qui est, au moins, neuro-atypique. C'est ce personnage sauvage, lâché dans la nature, qui est le moteur de tous les drames du récit.




14 février 2024

Poor Things -- Yorgos Lanthimos

Comme nous sommes sur un blog, je vais accrocher ce billet par une note personnelle sur ma vie. Ce blog a commencé avant la naissance de nos filles, à une époque où Cecci et moi vivions à Paris et allions souvent au cinéma. Deux bébés et un déménagement dans la campagne suisse plus tard ont fortement réduit notre consommation de films sur grand écran. Nos goûts aussi ont changé : les sorties cinéma étant devenues plus rares, nous avons tenté de ne voir que de bons films, démarche qui a un peu réduit notre prise de risques. Le temps passant, les filles devenant plus grandes, nous avons retrouvé une plus grande liberté et, même si notre coin helvétique n'offre pas le choix que nous avions à Paris, nous avons recommencé à aller de temps en temps au cinéma, à même aller voir des trucs forts moyens (comme les trois mousquetaires - je ne crois pas avoir chroniqué ce truc) ou bien excellents. Aller au cinéma permet de plus de voir des bandes annonces, comme celle de Poor Things, dont on va parler ici. 


En voyant la bande annonce, je me suis convaincu que le film serait une sorte de Tim Burton un peu excité et renouvelé. Univers visuel chatoyant et références à Frankenstein. J'ai même pensé qu'on irait le voir avec Marguerite (15 ans). Dont acte.

Certains films sont des distractions calibrées. Pas celui-ci. J'ai vécu en le voyant une sorte de roller-coaster d'impressions : émerveillements, dégoûts, dégoût accentué, joie, peur et encore plus de joie. Se faire surprendre et balloter comme ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps et j'ai adoré. 

Au bout d'une vingtaine de minutes passées à suivre les aventures de cette jeune créature, puisque Bella en est une, j'ai senti venir le moment où il la jeune femme allait découvrir la sexualité. Avec ses doigts, avec des trucs, avec un homme, avec toutes sortes de gens. Le film parle de conventions sociales, de conventions explosées à la masse : ce qui se dit, ce qui ne se dit pas mais qu'on dit quand même, ce qui ne se fait pas, mais qu'on fait quand même, comme enfourner en quantité des pastel de nata, recracher ce qu'on a dans les bouche et faire toutes sortes de trucs sexuels. Donc, warning, si vous voulez y emmener votre descendance, ne faites pas comme moi : vérifiez l'âge limite (je l'ai loupé) et sachez que on y parle de sexe en quantité, avec des scènes assez visuelles (rien de totalement explicite non plus, mais parfois pas loin). Certaines conversations, certaines scènes sont même assez dérangeantes et peuvent faire se sentir inconfortable (TW inceste, enfants, voyeurisme...) même si, à titre personnel, j'ai trouvé cet inconfort stimulant. Je ne sais pas comment les spectatrices ont ressenti ce film.



Le cinéma, c'est entre autres cette forme d'art où des types plus vieux (comme Lanthimos, 50 ans), filment sous toutes les coutures des femmes plus jeunes (Emma Stone, 35 ans). Avec toutes les horreurs qui ressortent en ce moment, j'avais ça à l'esprit tout le long du film, d'autant qu'Emma Stone est quasiment tout le temps à l'écran, en grande tenue, en tenue plus courte, en toute petite tenue et en pas de tenue du tout. Au fur de l'histoire, Bella (en fait, on ne voit que Bella, pas tellement l'actrice) passe du statut de créature, enfermée, limitée, droguée, à celui de protagoniste, actrice de sa vie qui s'empare comme elle peut des milieux qu'elle traverse. Sa force et sa joie m'ont emporté. Alors que le monde est montré de plus en plus noir, elle devient de plus en plus puissante. Et si on la voit tout le temps à l'écran, je n'ai jamais trouvé le film voyeur, elle n'est pas objectifiée. Le film est l'histoire de Bella et Bella emporte tout. J'ai adoré la suivre.

Les autres personnages importants sont également très enthousiasmants. Godwin Baxter, incarné par Willem Dafoe, devient de plus en plus émouvant. Max McCandless est à la fois touchant, mignon et lâche. Et j'ai adoré le "méchant", Duncan, joué par Mark Ruffalo qui incarne une sorte de personnage au croisement de Chaplin et Casanova, intéressant tout du long. Les seconds rôles sont aussi tous à la hauteur.





J'adore aussi les films avec un univers. Poor Things se déroule à l'époque victorienne, dans une ambiance steampunk (genre que je n'aime pas, normalement) proprement incroyable. Les décors de studio et les décors peints sont magnifiques, j'en ai pris plein les yeux. Tout est grand, tout est faux, tout est vrai. C'est un bonheur d'images et de sensations.

Le film, très bien écrit, est bien sûr un récit initiatique, qui va nous emmener de surprise en surprise comme Bella découvre le monde. Surprise des lieux, surprise des gens et des situations. Les dialogues sont riches en punchlines et en blagues, on se les répétait en sortant de la salle avec Marguerite. Bella a la qualité (qu'elle partage avec son "père") de tout dire et tout verbaliser, dévoilant les hypocrisies et les implicites de sa belle voix distinguée et profonde. Ca fait un bien fou.

Au fond, malgré la noirceur de certains sujets, malgré les scalpels, les cadavres, les corps malheureux, Poor Things est un film très joyeux, empli du désir de vivre. Et c'est cette joie que j'ai gardée en moi en sortant.


 






11 février 2024

Cthulhu Confidential

Je l'ai déjà dit de nombreuses fois ici, j'aime bien lire de bon livres de jeu de rôle. La qualité d'un bon livre de jeu de rôle est simple : il doit donner envie de jouer. C'est le cas de ce Cthulhu Confidential.


Alors oui, on tape dans une des licenses les plus explorées de notre loisir (mais aussi une des plus fécondes), dans son époque la plus emblématique, l'entre deux guerres, avec cet intérêt particulier de la maison anglaise Pelgrane Press pour les années 30, dont ils parlent très bien dans Trail of Cthulhu et leurs autres publications (j'en ai lu beaucoup, ces dernières semaines).

Cthulhu confidential offre un système de jeu - une variation simplifiée du Trail of Cthulhu, trois scénarios et une proposition ludique peu fréquente : jouer à deux, une MJ, une joueuse (oui, je féminise tout, juste parce que ça me fait plaisir).

Les trois scénarios ont trois cadres différents : Los Angeles, New York et Washington et trois PJs prétirés : un détective dur à cuir, une journaliste audacieuse et un vétéran de la guerre (le scénario de Washington se déroule en 42 si je me rappelle bien). 

Un supplément a déjà paru, Even Death Can Die (pas traduit) qui propose neuf autre scénarios, trois par personnage, de quoi voir venir.

Les scénarios sont structurés tous de la même manière : situation initiale, diagramme de relations entre les intervenants, diagramme d'enchaînement des scènes et des indices, détail des scènes (avec éléments techniques en encart). Je n'ai lu que les quatre (1+3) scénarios concernant Vivian Sinclair, la journaliste. Les quatre sont bien écrits, utilisent des trucs et bidules lovecraftiens classiques (je ne spoile pas) avec des situations intéressantes dues au profil de la protagoniste - une journaliste affamée de scoops fait un joli profil d'invesigatrice. Ecrire des scénarios pour un personnage donné permet une approche plus personnelle et intéressante que ces boites narratives ouvertes qui doivent s'adapter à "vos investigateurs" (voir les Encagés, dont j'avais bien aimé les personnages prédéfinis comme autre example de la même approche). D'autant qu'il est possible d'adapter ces héros et héroïnes assez classiques pour en faire votre propre variante.

Pour le ton, on n'est ni dans "puriste", ni dans le "pulp", mais clairement dans le "noir". Musique de jazz, trottoirs mouillés de pluie, voitures circulant au ralenti et téléphones en bakélite qui sonnent dans la nuit. Les scénarios Vivian Sinclair ont une petit touche féministe (évidemment) et sociale pas déplaisante. (les autres, je ne sais pas encore, je les lirai bientôt)

Je ne vais pas entrer dans les détails du système de jeu mais je dois admettre qu'il est très simple, plutôt logique et bien expliqué, faisant de Cthulhu Confidential un bouquin très accessible pour les débutant.e.s tout en restant intéressant pour les joueuses et joueurs plus expérimenté.e.s.

A titre perso, je "joue à deux" depuis très longtemps, et je trouve chouette qu'un livre de JdR explore enfin cette possibilité, en donnant des conseils de maîtrise (pour la MJ) et de jeu (pour la joueuse), en rappelant l'intensité particulière de la relation qui s'établit dans ce mode de jeu.

La traduction française est bien, la présentation très claire, la lecture agréable. C'est un très bon bouquin, que j'aurais loupé si je n'étais pas tombé dessus lors d'une visite avec la descendance dans les magasins de jeux du quartier des écoles, lors de ma dernière visite à Paris. On l'aura compris, je le recommande chaudement.




09 février 2024

Guardians of the Galaxy - James Gunn

 La descendante 2 et moi-même avons regardé hier soir "les gardiens de la Galaxie". On n'est pas trop marvel, mais pas hostiles non plus et ce film avait une bonne réputation. On s'est globalement ennuyés sans jamais s'attacher, ni elle ni moi, à aucun perso.

Visuellement ça m'a rappelé les couleurs criardes et les décors moches de ce genre d'histoires dans les comics (c'est une qualité du film). Pour le reste: scènes d'actions pas lisibles, écriture cahotante, persos mal tenus. Bof.

Le walkman, la musique, le trauma d'enfance, on dirait une tentative de souffler une vision personnelle dans un gros machin très cher. Mais, 1) c'est une vision perso un peu pauvre. 2) ça se voit.

On a ensuite discuté des échos, pour le type d'histoire et les personnages, avec le film Donjons & Dragons qu'on a tous les deux beaucoup aimés. Et pour nous faire plaisir, on en a revu le premier quart d'heure. 





16 janvier 2024

Délire - au cirque d'hiver

Lors de notre voyage à Paris cet hiver, nous sommes allés voir Délire le dernier spectacle du cirque d'hiver Bouglione. Comme les lectrices et lecteurs de ce blog le savent, je suis amateur de cirque, nouveau cirque, cirque à l'ancienne, etc.

Là, on est dans le classique. Monsieur Loyal a cette voix particulière de forain classieux (Michel Palmer, j'ai l'impression que c'est lui qui anime le spectacle d'aussi loin que je m'en souviens), il y a des lumières partout, de la musique live, des numéros de haut niveau avec de beaux corps faisant des trucs extraordinaires qu'on admire le souffle coupé.

Le cirque d'hiver, c'est classe et on en prendra plein les mirettes. On peut y emmener les petits enfants, les grands enfants et les grands-parents - on a testé pour vous.

Délire est au niveau habituel de ce que propose la maison, c'est-à-dire un bon spectacle, avec des numéros solides et quelques moments merveilleux.

Petite revue, numéro par numéro.

Salto, ballet acrobatique

Knie et Bouglione commencent et finissent toujours leur spectacle avec ces groupes de beaux jeunes gens en habits scintillants qui encadrent toujours l'ensemble des numéros, donnant une impression d'abondance et de richesse visuelle.



Regina Bouglione, haute école.

Peut-être ma principale déception. Non pas tellement par le numéro en lui-même, mais par le fait qu'on n'a pas vu plus de chevaux. La piste de sable ronde et les chevaux, c'est ce qui distingue pour moi le cirque du music-hall. J'étais heureux de voir un beau cheval et une cavalière douée, mais il m'a manqué des numéros équestres plus impressionnants.




Glen Folco, jongleur

Beau numéro, visuel, classique. L'objet de jonglage (des raquettes) permettait j'ai l'impression des effets de suspension aérienne très chouettes, ce moment où vous avez l'impression que l'objet "reste" en l'air, tant il est remplacé rapidement par son successeur.



Rolling wheel, roue allemande

Numéro solide avec un coupe homme/femme façon couv d'album de hard-rock des années 80. De manière curieuse, j'en ai aimé les flottements, ces moments où le saut ou bien l'équilibre ne sont pas parfaitement réalisés, qui trahissent la difficulté du truc derrière la frime musclée de façade. 



Matute, clown

Les clowns font partie des numéros qui doivent le plus se réinventer avec l'époque (personal opinion). Celui-ci était très chouette, avec tout ses délires bruités à la bouche pour souligner tous ses gestes. C'était simple, enfantin, parfois très absurde (et l'absurde me fait rire).



Scott et Muriel, magie

Là, c'était vraiment dingue. Le premier numéro, surtout, de la grande illusion, avec des corps qui tombent en morceaux, apparaissent et disparaissent, jouent avec les attentes du spectateur. Le tout en mode super rigolo. J'étais complètement scié et émerveillé. Un numéro de grande classe, qui justifie presque le spectacle à lui tout seul.



Cassie Audiffrin, acrobaties aériennes

Les beaux numéros aériens, ceux où les artistes volent et tournent autour de la piste accrochés à des rubans ou des sangles me touchent toujours beaucoup. Celui-ci, basé sur un objet inhabituel, m'a beaucoup ému par sa beauté et sa poésie. Mon préféré, avec le numéro de magie. 




Three G, acrobaties au sol

Trois jeunes femmes ukrainiennes, dans un numéro de portés acrobatiques. Dans ce genre de numéro, les porteurs sont le plus souvent des hommes. Ici, le numéro, très bon, est entièrement féminin. Outre le fait d'admirer des artistes très douées, voir le spectacle faisait un écho en creux assez bizarre avec la guerre : pas d'hommes - parce qu'ils sont mobilisés ? Je sais que ce n'est sans doute pas vrai, mais la résonnance était étrange.



Professeur Ermakov, petits animaux

Bon, les numéros avec des petits bêtes ça n'a jamais été mon truc. Toujours pas, même si celui-ci est de qualité.



Nino Rodrigues, équilibre

Numéro classique de beau gars (très, très) musclé prenant des poses gainées en équilibre en hauteur sur les mains.



Artur et Esmira, sangles aériennes

Couple aérien, volant, dans un numéro de qualité, mais que j'ai trouvé en comparaison moins gracieux que celui de Cassie Audiffrin. 



Miami Flow, bascule et barre russe

Tout spectacle de ce type doit comprendre un numéro aérien qui fait faire "waow", avec roulements de tambour et triple saut périlleux. C'est le groupe Miami Flow, de très bon niveau, qui remplit cette exigence. A la bascule en première partie, et dans un super numéro de barre russe (une sorte de poutre souple) dans la deuxième partie. L'ensemble est top, avec des artistes magnifiques, un niveau de maîtrise impressionnant et des roulements de tambour qui envoient. Un très bon numéro de conclusion de spectacle.










04 janvier 2024

Cyrano de Bergerac - à la Comédie Française

Cyrano est la pièce préférée de tous les temps de notre chère Marguerite. Alors quand on a vu que la pièce était jouée à Paris alors que nous y étions, nous avons fait la queue dans le froid pour obtenir ces places pas chères et à visibilité réduite à la Comédie Française. Ainsi, le cou un peu tordu, nous avons pu voir la version 2023 mise en scène par Emmanuel Daumas de ce monstre théâtral.

La note d’intention du metteur en scène dit qu’il a voulu faire un Cyrano un peu queer et pourquoi pas ? L’histoire et ses mots sont si connus qu’il faut bien se démarquer. Ses choix fonctionnent souvent, pas tout le temps, mais ne sont jamais honteux.

Laurent Lafitte fait un Cyrano jeune homme, léger, un peu braillard dans les actes 1 et 2, plus délicat dans la suite (et c'est mieux) . Il porte la pièce en finesse plutôt qu’en force, parvenant à faire oublier la version plus brutale de Gérard D, par exemple. Il s’en sort avec élégance sur les grandes tirades du début mais il est encore meilleur dans les scènes de pénombre et de rêve.
Le reste du casting est a la hauteur. J'ai adoré de Guiche (une des choses que j'aime dans cette pièce, c'est que le méchant a de la classe.), Christian a de l’épaisseur, Ragueneau de la presence et les autres petits rôles sont bien tenus - mention spéciale pour Nicolas Chopin en Montfleury, une belle baudruche, et Birane Ba dans une collection de personnages amusants.

Les scènes les plus belles ne sont pas forcément celles qu'on attend. D'abord, l'acte IV, le siège d'Arras, où la mise en scène se fait sombre et inquiétante, où l'on voit les jeunes hommes vaillants et fragiles que la guerre va engloutir. Et surtout la scène du balcon, qui permet à Jennifer Decker de montrer une Roxane magnifique dans un passage tout en pénombre où s'exprime la folie des personnages.

La belle idée d'Emmanuel Daumas c'est de montrer un Cyrano ivre de mots auquel répond une Roxane qui, pas plus que lui, ne veut du monde réel et désire uniquement s'ennivrer de la beauté des paroles. Les deux se retrouvent dans cette folie impossible à satisfaire, et il faut la mort pour que le voile se déchire, voile qu'ils auront maintenu tout les deux tendu jusqu'au dernier moment. Oui, ces deux-là s'aimaient et ils ne se sont jamais aimés dans le vrai monde - baisers, amour charnel, mariage... Mais en vérité, ils n'ont jamais voulu de ce monde, et cet amour-là, leur amour, cet amour queer, est magnifique. 





(en finissant d'écrire ce billet, je vois que beaucoup de critiques démolissent la mise en scène. Elle est loin d'être parfaite, certaines choses sont confuses, certaines idées discutables, mais nous l'avons trouvée réellement intéressante et portée par des acteurs excellents. Le spectacle vaut vraiment le coup, même si ce n'est pas du Cyrano pour Français revanchard de 1870 - le panache ici est parfois léger comme une fumée)