18 mai 2022

La main gauche de la nuit -- Ursula Le Guin

https://images.noosfere.org/couv/p/pp5191-1984.jpg 


Il y a quatre ans, j'ai relu les Dépossédés (c'était vachement bien). Cette année, j'ai récolté plein de vieux livres de SF chez un copain qui vidait sa bibliothèque et parmi ceux-là, la main gauche de la nuit, que j'ai donc relu dans la même édition pocket moche que quand je l'avais découvert. Oui, cette couv est vraiment... heu... sans rien à voir avec le contenu ?

 Et le livre, alors ?

J'en avais le souvenir d'un bouquin un peu obscur dans lequel il m'avait fallu du temps pour plonger. On dira que j'ai grandi, et c'est maintenant exactement la SF qu'il me faut. Primo, le roman n'est pas très long. Puis il croit entièrement à son univers, et moi j'y crois aussi. Le récit est totalement, humainement et sociologiquement crédible.

Je rappelle très très vite le pitch : Genly Aï, un Terrien, est envoyé de la société galactique sur la planète Gethen (dite Nivôse par ceux qui l'ont découverte), un monde très très froid peuplé par des humains hermaphrodites. Il va se retrouver coincé dans des intrigues politiques compliquées, devoir voyager à des endroits où il n'avait pas envie d'aller et il va se faire un ami.

Relire mamie Ursula de nos jours, c'est à la mode (et bien tant mieux : elle fait de bons livres). Relire celui-là, en post metoo et féminisme plus visible (ou bien = l'auteur de ces lignes un peu plus informé), c'est intéressant. Comme m'a dit une amie, c'est un roman assez misogyne : la vision que le narrateur a des femmes et de ce qui est "féminin" est carrément dépréciatrice.

Autre surprise, alors que dans la langue des natifs le pronom pour décrire les gens est asexué (comme eux, qui le sont 90% du temps), le texte anglais et français utilise il tout le temps. On se demande ce qu'aurait donné un texte où les getheniens auraient été décrits dans une grammaire prenant en compte leur manière particulière d'être genrée. Pourquoi est-ce que Ursula n'a pas fait ce genre de choix ? Peut-être que ça ne se faisait pas, ou par manque de savoir le faire (les autaires sont parfois très limité.e.s dans leurs capacités, j'en sais quelque chose), ou d'autres raisons qui ne sont qu'à elle. Le livre est comme ça, tant pis, tant mieux, ça nous permet d'en parler.

Sinon, j'ai adoré. J'ai voyagé très loin, j'ai aimé les personnages, j'ai vécu dans des sociétés étranges et humaines, incompréhensibles et toutes proches. La toute fin du roman m'a bouleversé et m'a fait ressentir quelque chose que je ne trouve que dans les meilleurs textes de SF, une nouvelle perception de qui je suis et de ce que nous sommes, nous, êtres humains. 



 

07 mai 2022

Blogging tardif - films

Le principe de ce blog est, depuis le début, de suivre un peu mes lectures, visionnages et autres rencontres avec des productions culturelles. Je ne suis pas aussi assidu à le tenir que je ne le fus, mais j'aimerais marquer ici quelques trucs regardés ou bien lus ces dernières années dont je voudrais garder une trace. Jugements lapidaires en perspective ! Peut-être que je développerai plus tard certains de ces commentaires dans des messages plus longs, mais j'en doute, les journées sont courtes et la fin des temps est proche.

On va commencer par les films, dans un ordre approximativement inverse de visionnage. A relire la liste, je me rends compte qu'il en manque, mais tant pis. Voici donc, en vrac, des films vus ces deux dernières années.
 
Re)Trouvailles | BERTRAND TAVERNIER | Le juge et l´assassin - YouTube
 
Le juge et l'assassin, de Bertrand Tavernier : après quelques belles rencontres, comme Laissez-passer, nous avons exploré d'autres films de Tavernier. Nous en avons aimé certains et détestés d'autres. Le juge et l'assassin fait partie des premiers : la relation entre le juge (Noiret) et l'assassin (Galabru) est fascinante, les scènes secondaires sont très bien. La charge de gauche n'est pas très fine, mais ça fait plaisir de voir cette lutte des hommes et des classes ainsi incarnée. On a beaucoup aimé.

QUE LA FETE COMMENCE

Que la fête commence, de Betrand Tavernier: voir supra. Celui-ci est dans la seconde catégorie. On aime beaucoup les acteurs qui y jouent (Noiret, Rochefort et Marielle !), l'ambiance d'époque est forte, mais le film, avec son lot de sperme, de sang et de pisse est somme toute assez déprimant.
 
Capitaine Conan - Film de Bertrand Tavernier (France, 1996) de Bertrand  Tavernier (Film de guerre) : la critique

Capitaine Conan, de Betrand Tavernier: voir supra. La reconstitution, le sujet, l'époque, le cadre sont formidables. Certaines scènes, extraordinaires. Torreton, incroyable. Mais on n'a pas aimé. On n'a pas bien compris où ça nous emmenait, et nous n'avons jamais accroché.

Les Choristes (2004) - VEGA Film & Distribution

Les choristes, de Baratier: je ne me rappelle plus pourquoi on l'a regardé, peut-être pour faire plaisir aux enfants ou aux grands-parents. J'ai pensé aux disparus de Saint Agil, de Christian-Jacque, et je me suis dit qu'on savait bien mieux faire les films de pensionnat à en 1936. Les choristes, c'est bien gentillet. Et tout le monde ne filme pas les enfants comme Truffaut dans les 400 coups.
 
Le Grand Meaulnes : Un film de Jean-Daniel Verhaeghe , Une nouvelle  adaptation du roman d'Alain-Fournier - aLaLettre

Le grand Meaulnes, de Jean-Daniel Verhaeghe : on y retrouve le mignon Jean-Baptiste Maunier, comme dans les choristes. Mais là où les choristes était simplement gentillet, ce grand Meaulnes est nul. Rien à sauver (comme quoi, avoir Marielle ou Torreton dans un film ne suffit pas).
 
Mamma Mia! : 7 anecdotes à connaître sur la comédie musicale | Vogue France

Mamma Mia!, de Phyllida Lloyd : je ne l'ai jamais dit, mais une de nos descendantes est fan de comédies musicales et de Abba. Et bien c'était très rigolo de regarder ça avec elle. J'ai découvert Abba, et en fait, j'ai plutôt aimé.
 
The Imitation Game - Le Temps
 
The imitation game, de Morten Tyldum. Un film sage sur un sujet fascinant. Ca se laissait quand même regarder, et certaines images étaient très bien.

What Is The Main Point of 'Gattaca' (1997) Movie? What Is The 'Gattaca'  Meaning? » SpikyTV

Gattaca, de Andrew Niccol : celui-ci, je l'avais vu à sa sortie. Les filles ont eu à la regarder sur demande d'une de leurs profs. J'avais oublié combien ce film était abstrait et beau. Plastiquement, il a étonnement peu vieilli. Et j'adore la manière dont Jude Law incarne son personnage. Formidable.
 
THE TRUMAN SHOW (Critique) – Les Chroniques de Cliffhanger & Co

The Truman show, de Peter Weir : encore un visionnage scolaire, dans le cas d'une réflexion en classe sur la liberté. La réalisation n'est pas très inspirée, mais le film reste remarquable par l'univers qu'il crée. Et j'y aime beaucoup Jim Carrey. Une très belle découverte familiale.
 
Richard III (1995) - IMDb

Richard III, Richard Loncraine : celui-là aussi, vu à sa sortie. Ian Mc Kellen avant qu'il soit Gandalf et Magneto, et avant qu'il se commette dans Cats, c'était quelque chose. Shakespeare + nazis, ça marche plutôt très bien.

Photo du film L'Assassinat du Père Noël - Photo 6 sur 6 - AlloCiné

L'assassinat du Père Noël, de Christian Jacque : celui-ci, on l'a regardé pour se plonger dans les années 40. Rien de transcendant, mais ça se regarde très bien.
 
Critique : Man on the Moon, de Miloš Forman - Critikat

Man on the Moon, de Milos Forman : j'ai dit plus haut que j'aimais Jim Carrey. Il est vraiment extraordinaire dans ce film sur un Andy Kauffman, humoriste barré des années 70. Ce film mériterait un billet plus long, tant il m'a bouleversé et mis mal à l'aise. On en vient à douter de la vérité, et de la réalité, comme chez Dick ou chez Christopher Priest. C'est vraiment très bien.
 
Ondine»: quand l'amour fait splash - Le Temps

Ondine, de Christian Petzold : urbanisme berlinois et morceaux de récit fantastique. C'était inhabituel et plutôt pas mal, mais je ne m'en souviens pas très bien, ce qui n'est pas très bon signe.
 
Indiana Jones and the Temple of Doom (1984) - IMDb

Indiana Jones et le temple maudit, de Steven Spielberg : (re)vu en famille. A part la première scène, on a détesté. Je sais qu'il paraît que c'est le meilleur de la série, etc., mais en fait la misogynie du film/du personnage nous a vraiment déplu. (Alors que, durant mon premier visionnage au siècle dernier, je me rappelle avoir ri tout le temps)

This is the gruesome original ending of the Hunchback of Notre Dame

Le bossu de notre dame, de Gary Troussdale et Kirk Wise : vu avec une enfant à l'hosto. Je ne l'avais pas aimé à la sortie. Là, je l'ai adoré. Les musiques, la réalisation, la qualité des dessins et des décors, les chansons... Et ce détail qui laisse entendre que les gargouilles qui parlent n'existent que dans la tête de Quasimodo... Formidable. C'est le Bolchegeek qui m'avait donné envie de le revoir.
 
Frère des ours | DisneyPixar.fr

Frère des ours, Aaron Blaise et Robert Walker. Vu aussi à l'hosto avec enfant. Les chansons sont nulles mais le cadre était original et le scénario contient un twist assez joli. Ca parle de la vie, de la mort, de la culpabilité et du rachat. Pas mal.
 
7 Easter Eggs You Can Find in Disney•Pixar's Up—Plus 3 Up Easter Eggs in  Other Pixar Films - D23

Up, de Pete Docter et Bob Peterson. Vu aussi à l'hosto avec enfant (oui, ça a été un peu long). On a beaucoup aimé. Le quasi court métrage qui ouvre le film et qui résume la vie du héros est un chef d'oeuvre.

WALL-E - Movies on Google Play

Wall-E, de Andrew Stanton. Vu aussi à l'hosto etc. On a adoré. Plein de trouvailles géniales, une SF poétique qui fait penser à des classiques des années 50.
 
Cats' VFX Artist Breaks Silence on Editing Out Buttholes | IndieWire

Cats, de Tom Hooper: dieu que c'est embarrassant ! Mais ça nous a fait découvrir le muscial d'origine (plusieurs chansons sont très bien) et les poèmes d'où tout cela provenait.
 
Lola Rennt (Run Lola Run) - Introduction Theme - YouTube

Lola Rennt, de Tom Twyker: vu à sa sortie, j'en gardais un souvenir ébloui. Et bien j'aime toujours beaucoup, et Marguerite (11 ans à l'époque) a adoré. Parce qu'il y a Franka Potente avec des cheveux rouges et une musique qui envoie du bois.
 
Little Women

Little women, Greta Gerwig : une adaptation moderne et assez sage du roman, rien de honteux, bien jouée, bien faite, avec Paul Atreides dedans. Ce film m'a surtout rappelé le roman et l'importance qu'il a eu dans ma vie, en me présentant la figure d'une jeune personne voulant et pouvant devenir écrivain. Je crois que j'ai eu envie d'écrire après l'avoir lu. Et j'étais sans doute un peu amoureux de Jo.






25 avril 2022

Le Tartuffe, ou l'hypocrite – A la Comédie Française

Nous avions tellement envie de profiter un peu des célébrations autour des 400 ans de John-B. Poquelin que nous avons organisé un voyage à Paris pour aller voir ce Tartuffe en trois actes, mis en scène par Ivo Van Hove.





Pour la faire simple, le metteur en scène néerlandais a tenté de monter la première version du Tartuffe, reconstituée par "archéologie littéraire" (c'est un concept rigolo) excavée et ciselée dans la matière du texte de la troisième et dernière version (et seule dont on dispose). Et, à partir de cet objet bizarre, il joue à explorer quelques idées, que je résumerai ainsi :

Tartuffe est un type ramassé dans la rue, lové dans la famille d'Orgon, et il ne veut pas partir parce qu'il a tout à perdre (donc il va être prêt à mordre !). Il est jeune, pas vilain, et comme le mariage Orgon-Elmire bat de l'aile (rappelons qu'Orgon "revient de la campagne" au début de la pièce et qu'Elmire se remet d'une maladie), van Hove imagine que la jeune épouse a en fait envie de se taper le visiteur (et réciproquement). Troisième idée : madame Pernelle, Orgon et Tutuffe sont des conservateurs, Damis, Cléante et Dorine sont des libéraux progressistes, et il va y avoir du fight social.


Commençons par ce qui était vraiment bien : c'est le Français, ce sont les 400 ans de leur boss, ils fallait mettre le paquet, ils l'ont mis. Les acteurs sont super bons (je les ai tous aimés et j'ai été touché de revoir Podalydès, vieux, parce que, en fait, il est vieux), ils envoient du bois, c'est formidable. La scénographie est très riche, pleine d'idées, avec musique d'Alexandre Desplat, mouvements de décor qui pètent, éclairage puissants et expressifs... Il y avait des moyens sur scène et ça se voyait. Et, même si je n'aime pas tout des partis pris de I.V.H., j'admets qu'il y a des idées et qu'il les a exprimées avec intensité. Vous n'aimerez peut être pas, mais vous en parlerez.

Comme je l'avais déjà dit la dernière fois que j'ai vu la pièce, il s'agit en vérité d'une pièce flippante et désespérée. Le discours de Cléante m'a rappelé l'angoisse des débats contre les "vérités alternatives" sur les réseaux sociaux. Cléante a raison, il le sait, mais il ne peut pas convaincre. Et Orgon lui dit : "tu causes bien, tu es savant, mais tu sais quoi ? OSEF." Et toute discussion paraît s'enliser et se perdre, les débats et stratégies des libéraux contre l'ennemi ne mènent à presque rien. Le pire est peut-être le fait que Tartuffe n'est même pas un monstre, mais juste un type qui va se bagarrer pour survivre (ce qui le rend encore plus redoutable) et qu'on le comprend. 

Plusieurs effets de mise en scène sont très puissants : le début, qui ressemble à un générique de série très classe. Les arrivées en scène des combattants (pareil que chez les Artpenteurs, la pièce est une série de combats ritualisés). Les lunettes blanches d'Orgon... J'ai ressenti un grand plaisir à voir la précision du jeu, le soin des détails, ambiances sonores et visuelles, lampes qui descendent, pas rythmés des combattants déboulant sur la galerie...

Marguerite m'a dit "c'est super sombre et oppressant". Et Rosa : "j'ai préféré Scapin. Il s'y passait plus de choses, on rigolait plus et ils sautaient partout"

Peut-être que c'est là la limite de cette mise en scène. Le texte nous glisse quand même que la pièce est sensée être drôle. Et Tartuffe ?, dit Orgon au récit de Dorine, et on voudrait rire, on rit même un peu, parce que Molière écrit des blagues, mais on ne se sent pas tout à fait légitimes. Plusieurs échanges sont du comique léger qui paraît déplacé dans cette ambiance violente. La scène de séduction ambigue entre Elmire et Tartuffe, qui repose sur du sous-entendu allusif, devient ici très très explicite, presque pornographique.


Le spectacle d'I.V.H est puissant, ténébreux, terrifiant parfois. Il insiste sur le côté sombre et angoissé de la pièce, sur notre impuissance face à l'hypocrisie et au mensonge. Et dans notre époque de doute, on ne rigole plus du tout.


Je conclus en citant la critique parue dans le Temps. Alexandre Demidoff, l'auteur, raconte très bien la scène initiale de la pièce, et j'ai retrouvé mes sensations dans son récit.

https://www.letemps.ch/culture/paris-une-messe-noire-un-tartuffe-present-vitriol

Devant vous, en prélude, la scène dans sa noirceur de cratère primordial. Avec ses ficelles, ses passerelles, sa machinerie. C’est là que Tartuffe naît chez Ivo van Hove, sur un air lancinant de sirène, à la lueur des flambeaux. Il est cet inconnu qui s’arrache à nos ténèbres. Un oiseau de proie orphelin de son ciel. Des mains s’affairent autour de lui. Ce sont des mains aveuglées. Elles le déshabillent. Elles le purifient. Elles plongent dans une bassine cet éphèbe maigre comme un rapace en hiver. Elles le rhabillent. Le cravatent. C’est un diable, au fond, porté sur des fonts baptismaux par ceux-là même qu’il va ruiner, comme s’il était l’émanation d’un milieu pusillanime jusqu’à l’inconscience.


22 mars 2022

Melmoth furieux -- Sabrina Calvo


Sabrina est une amie. C'est difficile de faire ici une chronique de ce livre très intime, qui mêle SF années 80, commune de Paris, expériences politiques contemporaines, couture, transsexualités (et bien plus) et autobiographie.

Melmoth est un livre profondément sincère qui évoque Belleville, Eurodisney, les luttes politiques dans une langue qui est celle de l'ici et maintenant. 


Le livre est une pure création de son autrice, à la fois cohérente dans son arc principal (la marche sur Eurodisney est-elle un rêve ou une réalité ?) et pleine de digressions sur la matière, les vêtements, les looks, nos apparences. L'enfance y est une matière plastique, magique, infinie, incompréhensible. Le salut jaillit des toutes petites choses.

Avec le temps qui passe, Sabrina ne s'affadit pas, elle ne renonce à rien, elle brûle toujours plus, avec la même foi, la même sincérité. Sa présence dans le monde m'inspire.




Ha oui, et dans ce livre, il y a un canard à trois pattes, aussi.


18 mars 2022

Giselle... -- au théâtre Benno Besson

Nous sommes allés voir Giselle... au théâtre Benno Besson. C'est spectacle original de François Gremaud, un auteur romand, et qui a tourné en France (ô consécration, pour les Suisses vivant dans l'ombre du grand voisin culturel). Sur scène, quatre musiciens talentueux (flute, violon, harpe et saxophone) et, au devant, une danseuse-actrice conférencière, Samantha Van Wissen.


 

Le sujet ? Giselle (sans les trois petits points), le ballet classique créé en 1841 sur un livret de Théophile Gautier. Le spectacle Giselle... est une conférence dansée sur le ballet Giselle (vous suivez ?)

La talentueuse Samantha Van Wissen va donc nous parler de la naissance du ballet classique, faire des digressions sur le romantisme, puis évoquer en détail le déroulé du ballet, ses décors, ses personnages, quelques interprètes fameux et fameuses. Par moment, elle danse, nous faisant ressentir, percevoir ce que peut être l'exécution de ce ballet.

Disclosure : j'ai déjà vu Giselle sur scène d'un grand opéra européen, il y a vingt ans. Je m'étais prodigieusement ennuyé, surtout parce que je ne connaissais rien au ballet classique. J'ai plutôt envie de le revoir maintenant, et c'est le point positif que je retire de ce spectacle.

Pour le reste, comme m'a soufflé Cecci à l'oreille au bout de cinq minutes, "ça va parler pendant deux heures", et c'est ce qui s'est passé. Pendant deux heures nous n'avons eu que des mots, des mots et encore des mots, pour paraphraser une autre œuvre. Ce spectacle est une gentille imposture, une œuvre d'art qui ne fait que vampiriser une autre œuvre d'art pour construire son petit discours. Oui, les musiciens jouaient très bien (mais pas assez souvent, et une partition un peu moyenne, mais bon), oui j'ai attrapé quelques infos intéressantes (le rôle de la pantomime ou les passages coupés de l’œuvre) et oui Samantha VW a une très belle présence scénique. Mais pour le reste, c'est de la culture bourgeoise, uniquement référentielle. Une création dont la beauté repose uniquement sur celle d'une autre création qu'on renvoie en miroir. Théophile G. et ses copains amateurs de fines jeunes femmes en robes sylphides (bof, les mecs, on a compris que vous étiez un peu glauques) devraient intenter des procès en plagiat à l'auteur de ces trois petits points.

PS: quant au twist final, abyme, jeu avec le texte, scène sur la scène, il ne marche pas. 

14 mars 2022

Coeurs Vaillants - John Grümph

J'ai ouvert ce blog il y a quelques années de ça (18 ans, en fait), à l'époque de la mode des flux RSS, alors que ni twitwi, ni fb n'existait que le changement climatique était juste un sujet très inquiétant. Et c'est peu de temps après que j'ai commencé à lire le blog hu-mu qui parlait de Steven Ericson, de Unknown Armies et de Shadowrun.

Ce n'était pas tellement le propos prévu de ce billet, mais je suis heureux de voir que hu-mu est toujours là. Avec le temps j'ai fini par sympathiser avec ses tenanciers (oui, c'est une bande de mecs, à moins que j'ai loupé quelque chose ?). Depuis des enfants sont nés, des livres ont été écrits et sont parus et Cédric a regardé 172 564 heures de séries TV. Aux deux tenanciers d'origine se sont ajoutés d'autres personnes venant écrire autour des mêmes sujets (littérature de genre, séries TV et jdr) des articles que j'ai toujours autant de plaisir à lire. Le plus drôle c'est que, même si je considère les auteurs comme des copains, je n'ai rencontré en vrai que Tristan (deux ou trois fois en GN, bien avant qu'il ne chronique des vieux Néo et des suppléments de l'AdC sur hu-mu) et Benoit, pour un déjeuner à Genève. Les auteurs de hu-mu font partie de cette catégorie de gens née à la toute fin du 20ème siècle, "les copains d'Internet".



Je suis un rôliste né dans les années 70, j'aime jouer à l'appel de Cthulhu et je n'aime pas les systèmes de règles. Pourtant, quand le blog a parlé de Coeurs Vaillants, j'ai eu envie de jeter un coup d'oeil, pour faire jouer ma fille ado. Pendant le confinement, on avait tenté une sorte de D&D, mais ça n'avait pas marché. J'avais quand même envie de revenir dans une heroic fantasy légère.

J'avais déjà essayé un jeu de LG (les douze lotus) dont j'avais trouvé la proposition intéressante, mais que je n'ai pas réussi à faire jouer. 

CV, c'est un jeu de rôle Old School Revival : ça vous donne le feeling de Donjons et Dragons, avec des règles plus modernes. Jeter des D20 pour toucher, et des dés de dégâts. Avoir des PJs avec des points de vie et des niveaux et des xp. Vivre des aventures audacieuses, mais devoir compter ses sorts et essayer d'améliorer sa classe d'armure...

Les règles sont remarquablement concises et bien écrites, avec une logique interne très bienvenue. C'est équilibré, c'est intelligent et à l'usage (j'en atteste), ça marche ! (j'ai juste remis les caracs sur 20 et calculé la valeur de "jet de carac" à côté, mais ça ne change pas grand chose à l'esprit). Ca tient en quelques dizaines de pages très claires, et tout est là.

LG a publié deux compagnons (pas indispensables), un recueil de scénarios bien fichus et une campagne vraiment sympathique, ogres de gel. L'ensemble forme une gamme concise (oui !), pas chère (oui !), bien écrite (et oui !), bien dessinée.

J'ai fait jouer trois scénarios depuis l'achat et ça a marché comme sur des roulettes. Je me suis même éclaté à faire jouer le dungeon crawling de "là où vont les chiens" en festival, dimanche dernier, en vivant un moment épique où la moitié des PJs a été laissée pour morte dans le donjon pendant que les autres s'enfuyaient après avoir réveillé des guerriers squelettes à 4DV. 


Alors oui, le jeu vidéo permet un peu de vivres ce genre de choses: expéditions souterraines et accumulations de xp. Mais le faire autour de la table, dessiner la carte au fur et à mesure, pouvoir faire des erreurs en explorant le donjon, courir dans le noir et fuir les monstres autour d'une table, ça a un charme fou.




Le dernier duel - Ridley Scott

Je pensais que Ridley Scott était un type fini. Certes, il a réalisé un de mes films préférés de tous les temps (Blade Runner), et plusieurs autres très bons films (Alien, les Duellistes, et même Kingdom of Heaven, dont je garde un bon souvenir), mais je n'espérais plus rien de lui depuis longtemps, et j'avais donc décidé de passer outre ce Dernier duel. En plus, il y a Matt Damon au casting, type que je trouve généralement insipide. Et ça commence par "based on a true story".

Et en fait, c'est très très bien. J'ai passé deux heures trente dans un moyen-âge magnifiquement reconstitué, qui m'a fait rêver très fort. Un monde proche du nôtre, mais différent. Aux mentalités étranges, dans lesquelles on se reconnaît en partie, mais en partie seulement. Tenez, ça m'a donné envie de faire jouer à cette époque !

Le scénario (dont je n'ai pas envie de parler) est très malin, moderne, c'est en effet basé sur une histoire vraie (et le récit en respecte plutôt bien les éléments connus), les personnages sont formidables, l'image est belle, j'adore les costumes. Et les acteurs principaux sont excellents, Ben Affleck en grand seigneur cynique, Adam Driver en parvenu intelligent, Matt Damen en vieux guerrier loyal et pas très futé et Jodie Comer en épouse tentant de faire sa place dans ce monde. Bref, j'ai adoré.

Merci à Alice, du podcast une invention sans avenir, pour le conseil !