28 août 2021

Une vie (Winston Smith 1903-1984) – Christian Périssin, Guillaume Martinez

Cette série de cinq livres évoque la vie d'un fameux écrivain et journaliste britannique qui a traversé le XXème siècle et ses souffrances. Si les périodes évoquées vous intéressent et si les constructions littéraires alambiquées vous stimulent, ces bandes dessinées sont pour vous. Après les images ci-dessous, je vais spoiler à mort. Vous êtes prévenus !






Avec son dessin faussement sage et son sujet historique, je m'attendais à de la BD histo un peu académique comme il s'en publie plein et que je comptais lire pour profiter des recherches des auteurs et me plonger dans les périodes durant lesquelles j'aime jouer et faire jouer des histoires.

Mais le projet est tout autre. Cette bio est imaginaire et en même temps tissée de vrai. Elle est un joli tour de magie visant à nous faire croire à son auteur, nourrie d'autres vies réelles, les éclairant et nous les faisant voir différemment, notamment celle d'Eric Blair / Georges Orwell, avec des apparitions d'autres personnages fameux. Le construction du récit, qu'on découvre à travers un autre personnage qui le lit, permet à la fois d'en augmenter la crédibilité et de multiplier les fausses pistes et les mensonges... Les personnages (le gérant de l'hôtel, par exemple) ne disent pas tout, certains dessins et échos de cases laissent deviner d'autres choses gardées secrètes.

Tout n'est pas réussi. Le rythme lent des premiers tomes sur l'enfance et l'adolescence contraste avec la relative frénésie narrative du dernier. Ca m'amuse que les auteurs aient fait sauter le tome 5 ("parce que la lecture de la biographie de Smith m'a plutôt ennuyée...", j'aime bien cet aveu). 

Le dessin, à la fois précis et doux, très triste quand il décrit l'Angleterre de l'enfance, m'a bien plu.

Une oeuvre très intéressante et une belle construction littéraire, qu'on se serait plus attendue à trouver dans un roman "classique". Le résultat m'a enchanté.

23 août 2021

Les scènes du chapiteau 2021

Les mégafeux, la pandémie, les talibans... Comme beaucoup j'ai vécu cet été dans l'angoisse du monde et le sentiment de ne pas pouvoir faire grand-chose depuis notre petit coin de campagne pays riche.

Je vais parler ici d'une de mes sources de joie, de vraie joie, celle que donnent l'art, la beauté et le sentiment d'être tous ensemble, de faire ensemble quelque chose de juste.
La fin de l'été, à Romainmôtier, ce sont les scènes du chapiteau, notre petit festival d'arts vivants sur son bout de terrain, entre la rivière, la forêt, le champ de maïs et le cimetière.
On y bénévolise, on travaille ensemble à la construction, à la billetterie, au service, au nettoyage, à l'entretien du terrain, à l'accueil des artistes.
 
Ça dure une poignée de jours. On y trouve les voisins, les amis, leurs enfants, on y fait toujours des rencontres. Des gosses glissent sur la tyrolienne devant le groupe de pop acidulée venue de Fribourg, on admire le danseur et la danseuse de flamenco depuis le bord de scène, un pianiste joue dans un nuage de lumière, une violoncelliste et une harpiste accompagnent un conte persan dans la roulotte-wagon. 
 
On est ensemble, près du feu
c'est la fin de l'été
le vent souffle dans les arbres
est-ce qu'il va pleuvoir ?
Je voudrais que ça dure toujours.
A l'année prochaine,
on se retrouvera !












Merci à tous les artistes qui m'ont fait l'honneur de les laisser les présenter cette année.
 
Sébastien Pittet et Michel Faragalli
Rio Glacier
Stéphane Blok

Donso Matrix

 
Baron.e

 
Adriano Koch

 
La compagnie Contacorde
 
Blossom Monroe

 
 
Les Hang Brothers
 

 
Lümé


Bienvenue
Nucléaire
Air guitar
Tartelette
Lettonie
Nid d'oiseau
Occasion
Onduler
Léviter
Télépathe
Patatras
Travesti
Tituber
Bécassine
Sinécure
Urticant
Enfantin
Incessant
Sans répit
Épicentre
Entrechat...

Charlatan
Temporaire
Herbe à chat...
Chapiteau!
Messieurs mesdames, bienvenue aux scènes du chapiteau !
 

17 août 2021

Tableaux (Berlin, #3)

Parmi les tableaux que nous voulions absolument voir, ceux de Lucas Cranach l'ancien. Un peintre à succès du début de la Renaissance, copain de Luther.


La fontaine de jouvence. J'étais avec deux dames appréciatrice devant le tableau qui auraient bien aimé que le peintre leur donne l'adresse.

Un jugement des damnés, d'après Bosch. Je suis curieux de comparer avec l'original.


Vénus, encore d'après Cranach, qui fait partie de cette collection de tableaux de femmes nues au physique très curieux. Longiligne, courbe, aux tous petits seins haut perchés, comme si Cranach avait repris les silhouettes de femmes du moyen-âge pour les dénuder.
 
Quelques réflexions intéressantes sur la représentation des corps nus, avec ou sans poils, peuvent être trouvées ici:


Nous avons aussi découvert ce classique et merveilleux tableau-collage de Brueghel, qui représente de manière graphique les proverbes néerlandais.








13 août 2021

Tableaux (Berlin, #2)

A la Gemäldegalerie, on trouve le même genre de collection européenne 15ème - 18ème siècle qu'on trouve dans plein d'autre pays d'Europe. Gothique tardif, Italiens , Hollandais, Flamands et Allemands.

Voici quelques uns que nous avons aimés.

On commence par cette Vierge au milieu du choeur céleste de Botticelli. Je ne suis pas fan du sujet, mais ce rendu des visages, j'imagine que les spécialistes savent le nommer, personnellement je le trouve surtout d'une extraordinaire délicatesse.



Puis un amour vainqueur, du Caravage. Pour l'insolence du corps et du visage (je ne peux pas m'empêcher d'imaginer le peintre parlant avec son modèle et lui racontant des blagues)


Et tenez, celui-ci. Vermeer ne me touche pas tellement non plus par ses sujets (des gens riches dans leur intérieur, so what) mais par l'art vertigineux de la lumière, la manière de multiplier les difficultés picturales, comme si pour lui l'art, la lumière (divine ?) transcendait le monde entier.



Les androïdes rêvent ils... -- Philip K. Dick

Le film est un de mes films préférés de tout les temps. On a eu le bonheur de le faire découvrir à Marguerite, 12 ans, récemment, qui l'a montré à sa best friend le lendemain. J'avais lu le roman durant mes études, dans le cadre d'un cours d'anglais, et en gardais un bon souvenir, des images et des sentiments curieux. Le malaise conjugal de Deckard, le fusion mercerienne, les appartements vides, la poussière...

Relu cet été, dans notre monde pré-apo. C'est un livre formidable, rapide à lire, bourré d'idées et d'images fortes. Dick multiplie les intuitions, les idées justes. Ce que notre rapport aux animaux dit de notre humanité. La tropie comme accumulation d'objets qui vieillissent. L'incertitude, à chaque pas que nous faisons, tout le temps. La nécessité pour l'humanité de plus d'empathie. Le rêve de quitter la Terre et coloniser Mars. J'avais oublié (spoilers) le fait que Rachel et Pris sont des doubles. Que le commissariat est double. Que le chasseur de primes est double, que Mercer est double...

La postface d'Etienne Barillier est très bien, je rejoins son envie d'imaginer Rick Deckard heureux.


11 août 2021

Tableaux (Berlin, #1)

Honnêtement, je n'ai pas une très grande culture graphique, et aucune formation autre que quelques conférences suivies au Louvre en matière d'histoire de l'art. Mais comme je suis un bourgeois, quand je visite une grande ville je vais dans les musées, pinacothèques officielles, etc, pour voir des vieux tableaux.

Ca nous a pris un peu de temps (à Cecci et à moi) pour apprendre à aimer ça. Ressentir l'émotion particulière en face d'un original vieux de cinquante ans ou de cinq siècles. Visiter un tableau que nous aimons comme on visite un vieil ami. Retrouver une émotion face à lui, le temps de quelques minutes, émotion dont la contemplation d'une reproduction est un écho (agréable), jamais aussi fort que de se retrouver face à l'image originale, avec ses couleurs altérées par le temps, ses retouches, ses restaurations.

Nous sommes allés à Berlin en famille cet été, et j'ai envie de dire quelques mots de tableaux que nous avons vus en visitant l'alte Nationalgalerie et la Gemäldegalerie.

Ce temple grec, c'est l'alte Nationalgalerie
Ce temple grec, c'est l'alte Nationalgalerie


Et ce truc moche, c'est le Kulturforum où se cache la Gemäldegalerie



On va commencer par notre plus grande découverte, la peinture de Caspar David Friedrich. Début du 19ème siècle, romantisme à fond. Des ciels immenses, des personnages qui ne sont parfois que des ombres et qui ne font rien d'autre que regarder, et attendre (contrairement aux Hollandais de type Van Goyen qui font des ciels magnifiques sous lesquels les hommes s'activent et travaillent). Le paysage devient une étrange projection psychique. (cliquez pour agrandir les reproductions).
J'aime les mystères, et ces tableaux en sont pleins.


Les bateaux reviennent. Qui attendent-elles ? Sont-elles soeurs ? Qui est l'homme, derrière ?

Un tableau très grand, ont le peintre a enlevé presque tous les éléments. Pas de navire. Pas d'astre dans le ciel. Pas de maison. Aucune trace d'activité humaine. Juste un homme, un moine, contemplant le vide.

Celui-ci se mérite. De loin, on n'a que des ombres et un ciel pâle, des arbres torturés. Puis on entre dedans, on trouve les moines, le Christ sous la porte, les tombes. Que viennent-ils faire sous ses ruines ?


Et puisqu'on est dans le même musée, j'ai enfin pu voir un tableau que je cherchais à rencontrer depuis longtemps, l'île des morts, de Böcklin, dans sa troisième version (défi personnel: en voir au moins une autre, celle de Bâle, par exemple. Et lire enfin le roman de Zelazny du même titre).

Un tableau pour rôlistes. Etrange, symbolique, magique. Une porte vers ailleurs, vers autre chose.