10 juillet 2007

The coming of Conan the Cimmerian - 2

Suite de mes lectures barbaresques.
J'ai donc fini avec plaisir la lecture du Tome 1 (sur trois) de cette belle édition des aventures du barbare le plus célèbre du monde. Avant d'en venir aux histoires, je signale que, outre quelques drafts et synopsis (intéressants pour qui veut voir la manière dont Bob Howard travaillait), ce livre contient un essai très intéressant de Patrice Louinet sur l'élaboration du monde hyborien (l'âge passé, disparu dans les brumes de l'oubli, où Howard situe les aventures de Conan).
J'en retiens quelques points :
  • Pour Howard, l'âge hyborien permet (explicitement) de traiter le matériau historique qu'il aime tant sans avoir à faire du roman historique. On peut voir là une paresse du romancier de fantasy, j'y vois de mon côté une des justifications de ce type de littérature : une rêverie sur l'Histoire. Une utilisation de schémas tiré de l'histoire, telle qu'on la perçoit, pour y exprimer des idées ou des fantasmes modernes. A la fin du livre se trouve l'essai The hyborian age, dans lequel REH trace à grands traits l'histoire de l'âge hyborien (sans jamais y citer Conan !). Cet essai est intéressant, en cela qu'il est incroyablement révélateur de la manière dont Howard perçoit le monde et son évolution : darwinisme civilisationnel, évolution du singe vers l'homme, de l'homme vers le singe, combat entre la barbarie et la civilisation, constatation lucide de l'anéantissement à venir.
  • Conan et sa Cimmérie (qui n'apparaît jamais que par évocation dans les histoires du héros) sont des ancêtres, des racines mythiques pour Howard, chez qui le thème de la mémoire du sang est très puissant. Je ne prends pas le terme "ancêtre" au sens littéral, mais plutôt dans un sens poétique. La Cimmérie de Conan est une terre imaginaire dans laquelle l'auteur plonge ses racines.
  • Howard étant un professionnel vivant de son écriture, certaines histoires de Conan sont clairement "commerciales" - et ce sont malheureusement les moins bonnes. Patrice Louinet note justement que pour ces dernières, Howard n'avait quasiment pas fait de révisions, se contentant d'utiliser des "ingrédients" qui satisferaient le rédacteur en chef de Weird Tales.
  • Il est amusant de constater comment les lectures de Howard se reflètent dans les aventures de son héros : son intérêt pour l'Assyrie (qu'on retrouve dans "Rogues in the house") ou pour l'histoire du Texas, qui influence (mal) The Vale of lost women.
Je n'ai extrait ici que quelques points de cet excellent article que je recommande à toute personne intéressée par le travail d'écriture et de création de mondes imaginaires.

Passons aux récits eux-mêmes. Let me tell you of the days of high adventure !

La dernière fois, dans ma précipitation, j'avais oublié de parler d'une des meilleures histoires de Conan, voire LA meilleure, the Tower of the elephant.
pitch : Conan, jeune voleur dans la cité de Zamora, est un con qui ose tout. Par exemple, tenter d'entrer dans la tour mystérieuse qui se dresse au coeur de la cité, où un prêtre-mage terrifiant garde un fabuleux joyau...
Un excellent récit d'aventures, rythmé, avec de très bons personnages et une chute très puissante (où intervient l'étrange éléphant du titre). Cette histoire atteint pour moi une sorte de perfection dans le genre : elle est dense, l'ambiance est excellente, il y a de l'action, du suspense, de bons personnages (en plus de Conan) et une ouverture "cosmique" vertigineuse.

Black Colossus
pitch : un voleur tente de s'introduire dans un tombeau très ancien et inviolé, et il réveille quelqu'un qui dormait et qu'on aurait mieux fait de laisser assoupi... Alors une rumeur monte dans le désert, un prophète voilé soulève les tribus, les villes flambent... Et la jeune princesse Yasmela cherche desépérément quelqu'un pour sauver son royaume...
La scène d'ouverture, qui fait penser au long pré-générique d'un film, est fabuleuse. Derrière, Howard décrit avec talent la rumeur du désert, l'angoisse créée par cette armée qui balaie tout devant elle. De même, la scène de bataille finale est très bien menée... Mais... l'histoire est un peu trop courte pour l'ambition du sujet. Et Howard introduit pour la première fois un personnage de belle jeune femme dénudée qui va se jeter dans les bras du puissant barbare de passage (un dénommé C****). Or, si certaines scènes érotiques sont plutôt réussies (les visions nocturnes de Yasmela, l'ultime scène finale), la crucherie du personnage féminin est franchement agaçante. Rendez-nous Bélit !
On voit bien dans l'essai de Patrice Louinet que Howard a introduit ce type de jeune femme éplorée (et ayant une tendance rapide à se retrouver nue) pour mieux vendre ses récits. Désormais, on ne va plus y échapper, il y en aura une par récit (enfin, presque). Ce qui n'empêchera pas certaines histoires de sortir du lot...

Iron shadows in the moon
pitch : Conan, ultime survivant d'une bataille, sauve une jeune captive d'un prince hyrkanien (une sorte d'oriental sauvage). Il règle ses comptes avec le dit prince, puis s'enfuit avec la jeune femme. Ils abordent une île pleine de constructions très anciennes...
On rentre dans le cycle des histoires "commerciales" de Conan. Malgré une scène d'introduction excellente, la suite du récit est très conventionnelle et sans grandes idées.


Xuthal of the dusk
pitch : Perdus dans le désert, Conan et Natala (la jeune fille de service ce jour là) arrivent dans une étrange cité dont les habitants sont tous drogués... et dévorés un à un par une ombre mystérieuse.
Jeune femme dénudée, cité perdue, utilisation mal dosée du surnaturel... On est en territoire connu et l'histoire n'est pas excellente. Pourtant, certaines scènes et idées attirent l'attention. La cité endormie m'a évoquée Imrryr, l'idée de Thog (l'ombre dévorante) est assez forte et pour la première fois, on voit une scène de lesbianisme-SM entre la jeune première et une mystérieuse stygienne rencontrée dans la cité. Et, dans cette aventure, Conan se comporte en vrai macho, ce qui lui va bien et est assez amusant.

The pool of the black one
pitch : Conan est recueilli en pleine mer sur un bateau pirate (il vient de s'échapper d'une situation apparemment difficile). Le capitaine du bateau, un homme fort et arrogant, fait l'erreur de l'accepter dans son équipage. Or, Conan se verrait bien capitaine du navire...
Une nouvelle fois, on commence par une excellente scène d'introduction. Howard crée une vraie tension entre Conan et le capitaine, qui est un bon personnage. En quelques pages, on est plongé dans une sorte de version hyborienne de l'île au trésor. Puis on arrive sur l'île, et là on trouve un mystérieux bâtiment très ancien, etc, etc. A nouveau, quelques idées amusantes (les minuscules statues...) mais le tout manque un peu de bonnes situations...

Rogues in the house
pitch : Murillo, un noble de Corinthia, décide dans un acte désespéré d'engager un tueur pour exécuter Nabodinus, le prêtre rouge, qui règne sur la cité. Le tueur sera ce fameux barbare, qui vient de se faire emprisonner...
Un huis-clos, avec une histoire intéressante où personne n'est vraiment celui qu'il semble être. Il y a un lot d'action, de pièges maléfiques et de retournement de situations, avec Conan en barbare pensif observant les manigances des civilisés... Une aventure "urbaines" intéressante, qui répond bien à The God in the bowl. (pas de jeune fille dénudée)


The vale of lost women
pitch : Livia, une Blanche, est captive dans un village de Noirs sauvages, enfermée dans une hutte à côté du cadavre dépecé de son frère. Or, voici qu'une autre tribu noire arrive pour négocier, dirigée par un barbare nordique...
Même si le racisme de cette histoire est moins choquant que ce que le résumé ci-dessus pourrait laisser penser, il est quand même un peu pesant (il est intéressant de voir que c'est un épisode de l'histoire étasunienne qui a inspiré cette histoire à REH, avec les Noirs jouant le rôle des Indiens). Malgré ça, la situation créée est intéressante et l'aventure comprend de bons moments. Quant à la vallée du titre, malgré une bestiole surnaturelle peu convaincante, la présence de ces femmes aux yeux vides embrassant Livia est assez frappante... (excellente illustration de Marck Schultz, dans l'édition WS/Del Rey)

The devil in Iron
pitch : dans des ruines, perdues, un marin malchanceux entre dans un tombeau où il n'aurait pas dû mettre les pieds... et réveille celui qui aurait dû continuer à dormir. Pendant ce temps, des civilisés aimeraient bien se débarrasser de la bande de kozaks dirigés par ce barbare charismatique... Pour ça, pourquoi ne pas lui tendre un pièce, l'attirer sur une île isolée...
Malgré des éléments de routine (tombeau où personne n'aurait du mettre les pieds, belle jeune femme dénudée, ruine) cette histoire comprend nombre d'idées intéressantes, notamment la cité "rêvée" dont les habitants endormis se souviennent du massacre dont ils ont été victimes, l'élément extra-terrestre, etc. Et les côtés aventure et action de l'histoire sont bien menés, avec un suspense jusqu'au bout.

Voilà tout (ouf). Cette lecture m'a bien motivé pour l'achat des T2 et T3 des aventures du Cimmérien. Je continue à penser que l'approche chronologique (par ordre d'écriture) donnée par l'éditeur est très pertinente et intéressante.

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