10 janvier 2018

Or noir – Dominique Manotti

1973 : Théodore Daquin, un jeune commissaire fraîchement diplômé débarque à Marseille et se retrouve mêlé à une affaire d'assassinat en pleine rue, que les autorités locales ont très envie de faire passer pour un règlement de compte. Mais la victime, M. Pieri, était un armateur assez en vue et avait commencé à s'intéresser au pétrole. D'ailleurs, où naviguent exactement ses deux petits tankers ? Daquin se fait refiler le bébé, et une équipe toute neuve (petite mais sympathique) et entreprend de comprendre ce qui se cache sous ces crapuleries.
Or noir est un roman qui décrit en parallèle certaines des manœuvres crapuleuses et les détails de l'enquête de police, de manière très réaliste. Daquin n'est pas un super-héros, juste un flic intègre, consciencieux et assez malin.  L'enquête est intéressante, mais encore plus intéressant est le portrait du lieu et de l'époque : Marseille juste après les scandales de la french connection, le souvenir de la guerre, le développement industriel de la ville, les liens entre le pouvoir et les bandits, l'héroïne française de qualité, et le pétrole, le pétrole noir et sale qui change tout, au lendemain des grandes manœuvres de l'OPEP et de la fin de la convertibilité du dollar. La leçon est très bien menée, on apprend plein de choses passionnantes, comme dans un bon livre d'histoire éco, enquête policière et suspense (bien mené) en plus.
Pour le reste, l'écriture est comme le personnage de Daquin : très froide, clinique, précise. Stimulante mais ne portant pas beaucoup d'émotion. Le traitement de la sexualité du commissaire m'a semblé aussi faux que la description de l'économie marseillaise était juste, mais heureusement ce n'est pas le sujet du roman. Bref, je lirai d'autres livres de Manotti.

Un conseil du lecteur. Merci à lui !


09 janvier 2018

Compte-rendu du rejeton d'Azathoth – Partie 3

I had drifted o’er seas without ending,
Under sinister grey-clouded skies
That the many-fork’d lightning is rending,
That resound with hysterical cries;
With the moans of invisible daemons that out of the green waters rise.
Nemesis – H.P. Lovecraft

J’ai pris du retard dans ces comptes-rendus, la vie ayant ses exigences…, mais comme ils sont tout ce qui reste de ces histoires de jeu de rôle, je vais m’efforcer de mener à bout ce projet. 
 
Olga descend à l'hôtel Ponce de Leon. Les princesses russes ne devaient pas y être si fréquentes...

Après des aventures dans le Montana, nos héros se tournent vers la Floride. Avantage de la fortune de Mlle Passalova, tout le monde peut s’installer dans un hôtel de luxe de Saint Augustine, et pendant que Monroe travaille sur les papiers Baxter, Olga s'emploie à faire rechercher son frère par des détectives (hommes et femmes) recrutés par ses soins. Première nouvelle désagréable: apprendre que ce cher Colin est accusé de meurtre et poursuivi par la police !
L’enquête dans la petite ville balnéaire révèle que ni ses anciens marins, ni ses amis ne savent où il se trouve. Et qu’autour de lui courent de terribles rumeurs de profanations de cimetières et vols de cadavres. Ne faisant pas confiance à la police, Olga lâche des hommes de Pinkerton sur l’affaire, qui remontent jusqu’à une mystérieuse ferme où on élève des alligators et où Monroe manquera de se faire tuer. Elle comprendra aussi que, qu’une certaine façon, Colin travaillait pour son père, tentant de retrouver l’épave du Rosario, un navire sur lequel naviguait le jésuite Herrera, astronome un peu hérétique, fasciné par le passage de la « comète noire », la même qui a été repérée par Dmitri Passelov sur les recommandations de Philip Baxter. Ainsi, le professeur de Providence avait plusieurs fers au feu !
Ce séjour est l’occasion aussi pour Monroe de nouer une idylle plus sérieuse avec Adèle. La sensualité de la dame de compagnie anglo-suisse rencontre l’élan fougueux du jeune universitaire américain. Monroe fait sa cour, Adèle se laisse volontiers séduire et se dit que cette affaire pourrait être sérieuse. Quant à Monroe il constate qu’une vie sexuelle épanouie l’aide à avoir l’esprit clair dans ses travaux si compliqués sur les manuscrits de Baxter – mais non, Furlong n’a eu aucune influence sur lui et aucune magie ne se joue là, juste la force du travail, et le mens sana dans le corpore sano, et toutes ces sortes de choses.
On retrouve enfin Colin; avec l’aide d’un avocat et celle de ses relations dans la bonne société, Olga démontre la corruption de la police, le jeune homme est lavé de ses crimes. Des agents de police intègres associés à une armée de Pinkerton traquent les dingues de la ferme aux alligators et leurs complices. Olga décide de faire terminer les travaux de réfection de la Palencia et de confier à son frère et à monsieur Wolffe, son associé le soin de diriger l’expédition. Elle-même se fera un plaisir d’embarquer malgré l’inconfort du cargo.


La Palencia a à peu près cette tête-là, grues en plus.
La lecture du vieux documents et la connaissance de la région par Colin Baxter et son associé aident à ne pas chercher au hasard, mais les recherches sont difficiles. Après plusieurs semaines de croisière, c’est Monroe qui, déduisant des papiers de Baxter certains systèmes de coordonnées liés à l’objet céleste, propose une destination tout à fait originale à la Palencia, quelque part près des Bermudes. Là, plongeant avec Colin, Monroe découvre l’épave du Rosario (on soulignera le courage physique du jeune professeur qui enfile ces terribles tenues de tissu huilé). L’exploration sera très fructueuse, aussi bien d’un point de vue historique qu’astronomique puisqu’on remontera des fonds marins un coffre espagnol contenant un morceau de météorite ! Un élément détaché de la comète noire elle-même durant un de ses derniers passages ! 
(tout ce passage de l'aventure est l'occasion de jouer de purs passages ambiance le Trésor de Rackham le rouge, ce qu'on a rarement l'occasion de faire – une des belles idées de ce scénario)

Le professeur Monroe découvrant le Rosario, au large des Bermudes (dessin de presse belge)
Instruit par le destin des Indiens ayant approché la pierre précédente, nos héros évitent de la toucher et l’enferment dans un coffre. 
Plus troublant encore, le Rosario semble s’être échoué au sommet d’un bloc sous-marin dont les formes pourraient être celles d’un bâtiment.
La fin de saison et les tempêtes équinoxiales approchant forcent à interrompre les descentes et à retourner à terre. En route dans les Bermudes, d’étranges lumières volant en triangle entourent le navire et quelque chose qui bourdonne se pose sur le bateau. Un des passagers est brûlé de la même façon que les bêtes dans le Montana. On se défend à l’aveugle à coup de fusil. On tient les portes, on résiste à l’affolement… et la brume finit par se lever, la Palencia rentre au port.

Voilà Olga en possession d’un étrange météore, persuadée que les intuitions de son père étaient vraies. De son côté, Dmitri met fin à la préparation d’un article scientifique qui va bouleverser l’astronomie (et peut-être le destin de l’humanité…)