20 avril 2018

La quête onirique de Vellitt Boe – Kij Johnson

Nous vivons une époque intéressante pour les amateurs de l’œuvre de H.P. Lovecraft (dont fait bien sûr partie votre serviteur). Cette œuvre a ceci d'incroyable qu'elle a, dès le vivant de l'auteur, suscité toutes sortes de continuateurs et imitateurs,  pour la plupart très mauvais, au mieux moyens (j'accepte le duel de références. Si vous connaissez de vraiment bonnes lovecrafteries antérieures aux années 2000, faites-moi signe !). Notre époque voit paraître une série d'œuvres lovecraftiennes vraiment intéressantes d'un point de vue littéraire : j'y range certaines nouvelles d'Anders Fager (lues ici), la passionnante traversée d'Alan Moore (lue là) et dans un registre un peu plus éloigné, la panse, de Léo Henry.
Je ne sais pas quel est le phénomène d'histoire culturelle qui s'opère ici, mais je ne peux que le constater.
La quête onirique de Vellitt Boe est un livre situé dans cette continuation. C'est une construction littéraire qui s'appuie, en la reprenant et la modifiant, sur la fameuse novella La quête onirique de Kadath l'inconnue, la plus connue des fantasy dunsaniennes de HPL. On n'est donc pas sur le versant Cthulhu mais côté contrées du rêve. Je me demande d'ailleurs s'il est possible d'apprécier Vellitt Boe si on n'a pas lu Kadath...
Au fait, de quoi s'agit-il ? 
Vellitt Boe est une ancienne voyageuse devenue professeure d'université dans une école très oxfordienne, à ceci près qu'elle est située à Ulthar (les chats de..., tout ça). Petit souci, une de ses étudiantes a disparu, plus ou moins enlevée par un voyageur venu du monde de l'éveil. Or la jeune femme est apparentée à un dieu, les dieux des contrées sont capricieux. Il pourrait lui venir l'idée, par contrariété, d'atomiser Ulthar, ses universités et toute la région.
Vellitt se lance donc à la poursuite de l'étudiante, ce qui l'amènera à visiter nombre ce coins curieux.
Le roman est à sa façon très tolkiennien : beaucoup de marche, de décors insolites, de discussions. Des dangers plus souvent suggérés qu'avérés (au début du moins). Les souvenirs personnels de Vellitt, une femme d'une cinquantaine d'années plutôt sympathique et dégourdie. Le récit a du charme, du style et nous emmène dans des directions intéressantes, dont un passage dans le monde de l'éveil, bien sûr. Il explore la nature des contrées du rêve, objet à la fois fantastique et littéraire, dans une relation à la fois respectueuse et critique vis à vis de la vision qu'en avant HPL. Les personnages de Vellitt Boe sont pour beaucoup des femmes de caractère, ayant une vie plutôt réaliste, et la manière dont ces caractères "réels" se mêlent à cette fantasy est très séduisante.
J'ai beaucoup aimé ce petit livre très doux. Il donne à voir la beauté du monde onirique, il est chargé de parfums et de visions et il se situe dans la continuité d'une oeuvre littéraire pour moi fondamentale. Merci au Bélial de l'avoir publié, d'autant que le livre est très beau.

PS: suis-je le seul à avoir eu l'impression qu'une bonne partie des noms propres sont des anagrammes ? Si oui, de quoi ? (Gnesa -> Agnès, mais après ? Vellitt Boe, par exemple ?)

19 avril 2018

Les disparus de Saint-Agil – Christian-Jacque

Après ma relecture de ce roman remarquable (voir chronique) nous avons regardé l'adaptation qui en a été réalisée peu après, en 1938, par Christian-Jacque (le même que pour Fanfan la tulipe), avec des dialogues (non crédités) de Jacques Prévert.
Tout en reprenant la même histoire que le livre, le film est une véritable adaptation, fidèle à certains aspects du roman et en ignorant totalement d'autres. On oublie l'aspect proprement policier du récit (le personnage du policier est oublié), on concentre surveillants et professeurs en une poignée de personnages (joués notamment par Michel Simon et Erich von Stroheim) et on se concentre sur le danger encouru et vécu par les enfants. Les disparus est un film de mystère et d'aventures enfantines, un peu comme le seront après lui certains films de Steven Spielberg par exemple.
Loin de la chronique réaliste, le film a quelque chose d'expressionniste, avec son très beau noir & blanc et ses décors un peu baroques (je n'imaginais pas la pension St Agil si chic). Les enfants jouent très bien, dans un style un peu guindé mais très beau. Le récit est très rythmé, on ne s'ennuie jamais, les bonnes scènes s'enchainent, l'ambiance est électrique. Quant à la fin, un peu folle et anar,  elle ressemble plus à la "fin rêvée" du roman (les lecteurs comprendront) qu'à son issue plutôt réaliste.


Bref, un scénario malin, une réalisation au petit poil, des acteurs formidables, c'est un très bon film. L'auteur de ces lignes a eu l'occasion de tomber au coin d'un écran sur les choristes (lui aussi un film de pensionnat dépeignant le même coin du siècle). La comparaison fait très mal au plus récent des deux films.

Rosa et Marguerite ne l'ont malheureusement pas aimé, rebutées par le son d'époque et la diction très années 30 des acteurs rendant les dialogues parfois difficilement compréhensibles pour elles (notre installation est sans doute un peu en cause également). Nous leur avons conseillé de lire le roman, elles pourront toujours revoir le film plus tard !




16 avril 2018

Ghost in the shell – Rupert Sanders


Dans la foulée de mon visionnage de l'animé, j'ai regardé le remake récent. J'avais envie de voir de belles images de science-fiction, des cyborgs, une ville surréelle, tout ça. Et bien sûr de voir comment l'histoire avait été traitée.
Globalement, ça ne m'a pas plu. Trop de bizarreries, trop de visions simplistes (policiers honnêtes contre méchante corpo, tous également violents), trop de choses incohérentes (les souvenirs qui se manifestent comme des glitches graphiques...), l'emploi bizarre de Takeshi Kitano... Le world building, tentant de faire coller des idées issues du film original (du manga ?) et des idées plus contemporaines ne marche pas du tout. Et je ne parle pas du whitewashing global de l'affaire...
J'ai aussi un problème avec le fait que dans ce monde surpeuplé, l'histoire se limite à un conte de fées impliquant un tout petit nombre de personnages archétypaux (et globalement mal écrits). Et le happy end débile. Les scènes d'actions auraient pu être bien si elles n'étaient pas quasi toutes pompées sur l'animé original, sans amener grand chose sinon une démonstration de prouesse technique, mais pour quoi faire ?
Reste Scarlett Johansson, drôle de créature à la fois sexy et asexuée, le seul personnage que j'ai trouvé crédible dans toute cette affaire. En la voyant, j'ai cru voir un cyborg au corps lourd, puissant et amplifié. En cela, elle parvient à faire revivre une des réussites du film d'origine (voir ma chronique de celui-ci où je dis exactement la même chose du major Kusanagi). Et ce détail éclaire l'ensemble du film d'une étrange lumière, incarnation de la uncanny valley.

14 avril 2018

Futurs ? – Nicolas Nova

Sous titré la panne des imaginaires technologiques, cet essai publié par Nicolas Nova aux Moutons électriques parle de manière stimulante de la manière dont nous nous figurons nos futurs technologiques. Il rassemble essais et interview autour de la relation entre imaginaires du futur, design fiction, architecture, réalisations effectives. Il explore l'idée que nous avons perdu la possibilité d'imaginer un futur grandiose (et ne la retrouverons sans doute jamais), que des figures inventées en SF (voitures volantes, interfaces cybernétiques, objets spatiaux...) sont à la fois des stimulations et des points d'aveuglement sur notre capacité à imaginer le futur, tant ces rétro-types tiennent de place dans nos imaginaires.
On pourrait lui reprocher de ne jamais parlé de futur "social" ou "biologique", mais ce n'est pas son propos.
Le livre intéressera les lecteurs et créateurs de science-fiction et tous ceux qui cherchent les références de créateurs hors SF littéraire qui jouent aussi à explorer l'avenir (je pense à ce très joli projet/performance autour de l'implantation d'un téléphone dans une dent).

Enfin, last but not least, le livre se conclut par une postface signée David Calvo, en mode feu d'artifice et qui m'a profondément réjoui.

« C’est bien beau les nanites, mais encore faut-il avoir la sécu. Non, mais sérieusement : tout esprit avec un peu de recul sur lui-même peut difficilement croire au progrès, encore moins à la Technologie (on parle bien de la structure politico-religieuse du type singularitarianisme). C’est devenu une sorte de dégagement politique : dans notre univers schizophrène se télescopent les infinis possibles de l’imagination, et la brutalité d’un réel de plus en plus opprimant. La Technologie, telle que nous la vivons hors science(s) de la vie, est un moyen de plus pour garder les citoyens dans l’enclos de l’autorité. Ce que nous touchons concrètement d’un projet rêvé, c’est la réalité augmentée, Watchdogs, « Amazon, le Viagra sans ordonnance et les Google Glasses. Nous sommes des grands singes avec des blasters. On a la post-histoire qu’on mérite. »

« Tout ce qu’on aura, ce futur qu’on nous vend aujourd’hui, c’est un monde médiéval avec conduite assistée.  »

11 avril 2018

Les dépossédés – Ursula Le Guin

J'avais lu ce roman quand j'étais ado. Je me souvenais de deux mondes antagonistes, la très riche Urras et l'anarchiste Anarres, et d'un savant partant de l'austère Anarres pour aller travailler sur Urras. Je me souvenais que le roman était intellectuel et un peu pesant. Je l'ai relu suite à la mort de madame Le Guin et à un conseil avisé de l'ami Léo. Tout ce dont je me souvenais était vrai, sauf que le roman n'est jamais pesant, jamais intellectualisant, juste intelligent.
Je n'ai pas tellement envie d'en parler plus, tant ma relecture m'a bouleversé. Les dépossédés est un chef d’œuvre de roman, un livre d'une force émotionnelle et politique et visionnaire incroyable, aussi actuel maintenant qu'il le fut lors de sa parution. Jamais bavard, toujours au fait, construit avec ce sens du plein et du vide que j'imagine être celui des mobiles que Takver suspend dans le chambre de son domicile et qu'elle appelle les Occupations de l'Espace Inhabité. Ils sont rares, les livres comme celui-ci.

Moralité : relisez les bons livres que vous croyez avoir lus. Il arrive que vous soyez passé à côté. Merci Léo.

09 avril 2018

L'arnaque – George Roy Hill

Dans ce film, on a deux sympathiques escrocs dans le Chicago de la grande dépression qui tentent de dépouiller un gros bonnet très méchant (et superbement joué par Robert Shaw). Il y a aussi Robert Redford et Paul Newman avec ses yeux bleus qui rient et son sourire en coin qui tue. C'est bien fait, bien joué, avec de beaux décors, de bons acteurs, un scénario au millimètre et une histoire de cinéma, comme le crime de l'orient express : des acteurs qui jouent des types qui jouent des types. Curieusement, toutefois, je n'ai eu peur à aucun moment pour les héros.


Marguerite n'a pas aimé – le récit, un peu trop compliqué, l'argot de bandits. Rosa s'est accrochée pour comprendre l'histoire et l'arnaque et en a été très contente.

07 avril 2018

Le crime de l’Orient express – Sydney Lumet

Dans ce film on trouve un train de luxe, un agaçant détective belge excentrique, douze suspects, un joli mystère, une brochette de stars (Sean Connery, Lauren Bacall, Ingrid Bergman... C'est filmé d'une maniètre très classique, mais réalisé avec tant de soin et si bien joué (notamment Finney en Poirot) que c'est excellent. Un film luxueux comme un voyage dans l'Orient Express, avec un méta propos de cinéma très réussi : les acteurs jouent des gens qui mentent tous et prétendent tous être quelqu'un de plus ou moins différent de ce qu'ils sont. On peut aussi ajouter le morceau de bravoure, la scène de l'explication finale, un exercice très difficile réussi haut la main.



Vu avec les Rosa et Marguerite, qui ont adoré : adoré l'ambiance, les costumes, les personnages, et essayé de déchiffrer le mystère en compagnie d'Hercule Poirot.

06 avril 2018

Indiana Jones et la dernière croisade – Steven Spielberg

Dans ce film, on trouve: un professeur d'archéologie à temps partiel, le Saint Graal, des relations père-fils difficiles mais rigolotes, des nazis (je déteste ces types), des coups de poing, de feu, des incendies, des courses-poursuites à cheval, en moto, en motoscaffo, en dirigeable, en tank, en chameau, en avion, en voiture, en train (et j'en oublie sans doute).


Nous l'avons revu avec Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Elles n'ont pas eu trop peur et ont surtout trouvé tout ça absolument formidable. L'humour emporte tout : le machisme, la violence et les joies sautillantes du scénario.


05 avril 2018

César et Rosalie - Claude Sautet

Je le dis tout de suite : César et Rosalie, c’est un film français réaliste des années 70, pas l’époque la plus folichonne du monde. Pas de vaisseaux spatiaux, pas d’effets spéciaux, d’authentiques voitures de l’époque, une fête de mariage chez les bourgeois, un restaurant à Sète et une maison en Charente, et une jolie femme (Rosalie) qui hésite entre deux bonshommes (César, un parvenu, et David, un artiste). Pas une matière qui me fait sauter de joie. 

 

Et en fait, c’est très bien. La peinture de l’époque est étonnante, que ce soient les ferrailleurs avec qui travaille César, ou, plus surprenant, l’atelier de BD où bosse David qui ressemble furieusement à une annexe de la rédaction de Pilote. Les femmes sont à la cuisine et servent à boire pendant que les hommes fument et jouent au poker et on sent Rosalie hésiter entre son statut de petite chose jolie au service des hommes qui la protègent et son envie de vivre indépendamment. C’est très bien filmé, très bien écrit (à la fois léger, gai et dramatique), avec une belle image (si on exclut l’horrible générique) et enfin, c’est très très bien joué. Romy Schneider est magnifique, Sami Frey fait un artiste beau gosse mal grandi, et Yves Montand crée un superbe César, tout en virilité macho, générosité et sensibilité.
Bref, c’est très bien. 

04 avril 2018

Escadrille 80 – Roald Dahl

J’ai dit dans ces pages tout le bien que je pensais de Moi, Boy. Escadrille 80 est la suite des souvenirs autobiographiques de Roald Dahl, couvrant la brève période où il a travaillé pour la Shell en Afrique orientale et surtout ses quelques mois comme pilote de Hurricane pendant la seconde guerre mondiale.
J’ai trouvé ce recueil moins bon que le précédent, sans pouvoir clairement dire pourquoi. Peut-être parce que Dahl ne s’y adresse plus aussi clairement aux enfants, peut-être parce que le livre n’est pas centré sur la colère (contre les punitions corporelles) et l’amour maternel comme pouvait l’être Moi, Boy.
Ceci dit, ça reste un livre de Roald Dahl, un homme qui peut vous raconter toutes sortes d’horreurs (attaques de lion, morsures de serpent, séances de chirurgie à l’hôpital après un crash, lutte pour la vie dans le ciel au-dessus d’Athènes) avec ce mélange d’humour, de suspense et de dérision qu’on trouve dans ses fictions.
On comprend que c’est par une incroyable série de coïncidences et de coup de chance que ce grand fils de Norvégien de 1 mètre 95, que personne n’aurait jamais du avoir l’idée de coincer dans un minuscule cockpit de Hurricane, est parvenu vivant et à peu près entier jusqu’à nous. Sur les seize pilotes de sa promotion, treize sont morts, et lui-même ne s’est sorti que par miracle du cauchemar de la campagne de Grèce. La mort est tout le temps présente dans Escadrille 80, et avec elle la pure joie d’être vivant.

02 avril 2018

Compte-rendu du rejeton d'Azathoth – Partie 5

I was old when the Pharaohs first mounted
The jewel-deck’d throne by the Nile;
I was old in those epochs uncounted
When I, and I only, was vile;
And Man, yet untainted and happy, dwelt in bliss on the far Arctic isle.

Oh, great was the sin of my spirit,
And great is the reach of its doom;
Not the pity of Heaven can cheer it,
Nor can respite be found in the tomb:
Down the infinite aeons come beating the wings of unmerciful gloom.

H.P. Lovecraft – Nemesis

Pour retrouver les épisodes précédents et les explications sur ce compte-rendu, lire dans l'ordre chronologique les billets marqués Azathoth.

Après un peu moins d’un an de jeu, nous voici arrivés à la fin de cette campagne. Vous trouverez dans ce billet un résumé de la fin des aventures d’Olga Passelova-Baxter et d’Abraham Monroe et de leurs compagnons.
Cette campagne a été une très bonne surprise. Malgré son côté très « classique » dans sa facture, elle offre de très belles potentialités d’histoires, avec nombre de bonnes situations à la Tintin (exploration sous-marine, le Montana sauvage, le voyage au Tibet), assez faciles à faire tenir autour d’une belle unité thématique et très lovecraftienne. Elle demande un peu de boulot d’adaptation et d’appropriation mais je la recommande chaudement.


Francis Wilson est parti en expédition en Russie, puis vers le Tibet. Pourquoi ? Que veut-il ? Il n’a laissé aucune indication, pas même à la comtesse Efremia Passalova, la mère d’Olga, chez qui il a séjourné quelques jours.
Olga part donc vers Paris avec Gabrielle, sa nouvelle dame de compagnie (recrutée en remplacement temporaire d’Adèle). Arrivée dans la ville lumière, elle s’inscrit à un cours de Tibétain aux Langues Orientales, se rend compte que ça ne la mènera nulle part et finit par recruter le père Bernard Lepartmentier, Dominicain, anthropologue, polyglotte et grand voyageur vers l’Asie, ravi de trouver une riche mécène pour financer un nouveau voyage vers son cher Tibet.
Elle croise aussi madame Fanny Bullock Workman qui sympathise avec cette « jeune russe énergique » et lui donne d’excellents conseils pour une expédition d’alpinisme moderne : recrutez des guides expérimentés, achetez le meilleur matériel (européen). Olga ignore encore l’influence que cette rencontre aura sur sa vie future.
Olga rassemble donc une équipe: outre le fidèle Volodia et le père Leparmentier, elle voyagera avec deux guides de haute montagne savoyards: Joseph Vouilloz, 45 ans, très expérimenté et Etienne Ferat, 22 ans, à la condition physique exceptionnelle. Elle envoie également un télégramme à William Harding, le journaliste new-yorkais, au cas où il voudrait chroniquer l’expédition. On se rappelle que Harding avait été très impressionnée par ses rencontres avec la « dame des étoiles », comme il l’avait surnommée. Il accepte.

Le voyage vers l’Orient lointain implique un retour en Russie : Olga retrouve Petersbourg, son exubérante mère, la haute société et les services secrets du Tsar qui l’interrogent sur ce retour et sur ses anciennes activités. La pression sociale est forte sur la jeune noble: il est temps de se marier. Sa mère a un candidat sérieux (et ennuyeux), l’Impératrice en a un autre. Et derrière l’impératrice, on devine les manoeuvre de son éminence grise, Raspoutine.
Car le starets pétri de visions a fait des rêves. Cette femme ne doit pas continuer ses voyages. Elle doit rester à Petersbourg. Olga voit le piège se refermer lentement: festivités, bals et beau mariage: dans quelques semaines, à peine, elle sera une épouse sujette de son mari, le comte Hoffmansthal, un Allemand proche de la cour impériale, bon danseur, bon chasseur riche et autoritaire.
Une nuit, en secret, Olga s’enfuit. Un traineau filant sur les lacs gelés, conduit par Volodia. Un mot laissé aux Savoyards, à Leparmentier et à Harding : rendez-vous à Pichkek, au Kirghizistan. Un télégramme identique envoyé à Monroe et Adèle: rejoignez-moi à Pichkek. Olga.

Commence alors la partie la plus solitaire des aventures de notre héroïne. Sans bagages, sans femme de chambre, munie seulement de ses bijoux qu’on écoulera de loin en loin, Olga file en traineau, en voiture, en train, à cheval, devant la police secrète. Elle fait un détour par un certain camp de prisonniers aux confins de l’Oural et, jouant d’audace et de corruption, libère Sascha Leontiev, médecin juif socialiste, son ancien amant, qu’elle entraîne avec elle. (On recrute aussi une jeune paysanne taiseuse pour faire la cuisine et laver les vêtements.). Et, des semaines plus tard, on arrive à Pichkek.
Sascha, reconnaissant et troublé, encore secoué par l’emprisonnement dans les camps politiques du Tsar, s’établit comme médecin des pauvres et tente de renouer avec son ancien amour. Quant à elle, elle attend. Déjoue les tentatives d’agents du tsar pour l’arrêter, rassemble son équipe qui l’a rejointe, paye des chevaux, des guides, et l’on s’élance en mars-avril à l’assaut des plus hautes chaînes de montagne du monde, sur les routes du général Prejvalski et de l’oncle Adamski, par qui tout ceci est arrivé.

Car oui, Monroe a rejoint sa mécène, abandonnant ses recherches délétères à Arkham, à deux doigts de briser les secrets du livre d’Eibon. Il entraîne sa jeune épouse enceinte. Jusqu’à Paris, de là elle partira vers la Suisse et moi vers le Tibet. Mais Adèle, amoureuse, et mue par une intuition secrète, convainc son mari de rester un peu plus longtemps avec elle. Elle m’accompagnera jusqu’à Istanbul, pense Monroe. Jusqu’à Bakou, et pas plus loin. Jusqu’à Samarcande, puis retour ! Jusqu’à Pichkek et stop !
Adèle, à la santé vigoureuse, ne se plaignant jamais, en bonne Suissesse, se retrouve donc à cheval avec son mari qui se demande comment ils en sont arrivés là.

Dans l’ambiance nomade et virile de l’Asie Centrale, Monroe paraît être le chef de l’expédition. Il assume le rôle (et prend conseil auprès d’Olga). Les voici partis pour des semaines de voyage, à dormir sous la tente, sous la yourte, à travers les montagnes et les déserts, d’issik Kul à Kachgar, de Kachgar aux montagnes Tibétaines… On croise des Kirghizes, des Russes, des Chinois, des Ouïgours… On retrouve la trace de Wilson qui, forcé d’hiverner au Xinjiang, n’a plus que quelques semaines d’avance sur eux.
Chaque soir, Harding, converti à l’astronomie, déploie le télescope qu’il a fait équiper par Passelov des derniers « filtres », et cherche dans le ciel la trace de la comète noire, Nemesis. Car les calculs sont formels: d’ici à la mi-juin, l’astre véloce croisera l’orbite de la Terre. De cela, on parle peu. Mais certains des membres de l’expédition sont conscients que cette course insensée vers le mystérieux monastère de Leng est le dernier espoir (reposant sur quoi ?) de changer le destin du monde. Monroe a emporté ses notes les plus importantes dans une précieuse mallette accrochée aux flancs de son cheval.
(En route, chacun à leur façon, Harding et Sascha courtisent Olga qui leur accorde des gages égaux de son amitié)
La nuit, avant de s’endormir, Adèle prépare pour Olga des infusions légère de cette drogue que Baxter prenait avant de s’endormir. Au matin, Olga se rappelle d’étranges paysages, les rues d'Ulthar, la bibliothèque, le souvenir de son père...

On atteint enfin les hauts plateaux du Tibet. Tempêtes, avalanches, engelures… Comme provoquées sur leurs chemin par le même mystérieux fantôme qui les hante depuis le commencement. Olga découvre que le poignard tibétain pris il y a des années chez son Diadia peut avoir une influence sur cet être. Le contraindre à renoncer à son opposition. Voire obtenir son aide pour trouver son chemin à travers des cols escarpés…


Auprès d’un ermitage abandonné, on découvre le cadavre d’un Tibétain porteur d’une lettre désespérée de Wilson pour Olga. Craignant l’échec de son expédition, le linguiste envoie un message désespéré derrière lui, sans se douter que les secours sont si proches ! Une carte du plateau de Leng et du moyen de l’atteindre, des clefs pour comprendre le livre d’Eibon, une injonction à faire cesser les danses impies exécutées dans le monastère qui attirent vers la Terre la terrible Nemesis. 
Avec l’aide d’Adèle, dans les salles froides de l’ermitage, Monroe reprend ses études, comprend vaguement le sens de ces danses… Mais le temps presse, il faut reprendre la route. 

On traverse une jungle étrange. On affronte des araignées d’une race similaire à celle qui a empoisonné Baxter. Dans l’antre d’un monstre géant, tué par Volodia, le fidèle serviteur découvre le corps englué de Wilson. Le vieux professeur est vivant ! Il s’adjoint au groupe et l’on continue toujours plus loin sur les hauts plateaux. Le passage du dernier col est une épreuve terrible. Leparmentier renonce, Monroe contraint Adèle (enfin !) à rester en arrière. Lui-même manque de périr lors du franchissement d’une redoutable cheminée glacée. Et dans les montagnes, accrochée aux rochers, Olga se révèle à elle-même. Aucun vertige, un cran formidable, une compréhension presque intuitive du rocher et de la glace. Le jeune Etienne est épaté: cette femme a du chien !

Enfin, on atteint le monastère, au 1er juin, auprès des ruines de l’antique temple de Nem-Ka. Wilson est formel: il faut se cacher, rassembler les fusils, attaquer ces moines fous, interrompre les danses maudites, donner une chance à la Terre ! Les hommes, virils, préparent leurs plans de guerre. Olga, dormant dans sa tente entre Harding et Sascha, rêve.
Elle rêve d’Ulthar, de la bibliothèque des Anciens, de la Porte Triangulaire. En rêve, accompagnée d’Ogoun, l’homme noir, le fantôme, elle retrouve le livre d’Eibon gravé sur ses plaques d’un métal inconnu, et le bureau et les notes de son père, recouvertes de poussière.
La veille de l’attaque sur le monastère, elle drogue Monroe et l’entraîne à son tour vers Ulthar.
Tout s’éclaire et se débloque alors pour le professeur… Les signes de la langue Aklo, le livre antédiluvien, le sens de ses signes et de ces « danses ». Wilson à tort ! (Je le savais ! Je le savais !) Ils se sont tous trompés ! Les danses ne servent pas à attirer Nemesis mais à maintenir le fragile filet de protection tendu autour de la Terre par Eibon des millénaires plus tôt ! Ainsi nous sommes venus ici pour rien !
A peine éveillé, Monroe retrouve Wilson et l’assomme avant qu’il ait pu faire dégénérer la situation. (Le début scientifique qui s’ensuivra sera passionné, mais influence, côté Wilson, par ce coup sur la tête for peu académique).
Les Tibétains repèrent les visiteurs, les arrêtent et les entraînent au monastère. Des jours d’angoisse s’écoulent comme la comète noire s’approche de la Terre… La rejoint… L’atteint… La dépasse.
Un météore traverse toutefois le ciel. Une graine, un tout petit bout du monstre, qui s’écrase avec une brutalité inouïe en Sibérie. Tenant la main de Harding et regardant vers le Nord, Olga voit le ciel s’illuminer sous le choc de l’explosion de la Tungunska.
C’est la fin de cette aventure.

Olga et Monroe reprennent le lent chemin du retour vers les Etats-Unis.
Au camp au pied du plateau, Monroe enlace son épouse et le petit Abraham Junior, né à 4000m d’altitude. Enfanté auprès du météore, né le jour de l’impact, enfant des étoiles (ce dont son père refusera toujours de tenir compte).
A Istanbul, Olga épouse William Harding, au grand dam de sa mère, et part s’établir aux Etats-Unis, ce qui lui permettra d’entamer une brillante carrière de femme d’affaires et d’alpiniste. Le jeune Etienne entre à son service permanent. 
Monroe et Adèle on un paquet d’autres enfants. Malgré son influence, le nom d’Adèle Monroe n’apparaît sur aucun des travaux signés de son mari. Après quelques années à Providence à diriger le fond Baxter-Passelov, Monroe se voit offrir un poste à Arkham. Il mène une carrière sérieuse de folkloriste et d’anthropologue et publie discrètement une remarquable version traduite et annotée du livre d’Eibon.

Et, dans les cieux, le rejeton imbécile du sultan des démons, continue sa route à travers le système solaire, tandis qu’au centre de l’univers, au son des flûtes impies dansent des forces que nulle âme humaine ne peut comprendre.







05 mars 2018

Issa Elohim

Le livre a paru depuis quelques mois mais je n'en avais pas encore parlé ici. Issa Elohim est une novella (un roman court – ça se lit vite) publiée par le Belial dans leur belle collection une heure-lumière. Il est question de réfugiés (sujet plutôt fréquent dans la littérature de nos jours) et d'extraterrestres. Ce récit se rattache au même futur que Vostok ou l'Anamnèse de Lady Star, même s'il n'est pas du tout nécessaire d'avoir lu ces récits pour comprendre Issa.
On y trouvera une journaliste résolue (de gauche), des instances politiques suisses, une station de ski valaisanne, un politicien très à droite mais pas que, une psy originale, de la neige et une poignée d'Irakiens fatigués d'avoir tant marché.
Les amateurs d'histoires où tout s'explique à la fin seront déçus.

Merci à Olivier Girard, le directeur de collection, d'y avoir cru, et au toujours excellent Aurélien Police d'avoir donné à ce texte une couverture si juste.


08 février 2018

Le tour du monde en 72 jours - Nellie Bly

En 1889, dix-sept ans après Phileas Fogg, une jeune journaliste de 25 ans propose à son rédacteur en chef de faire le tour du monde en moins de temps que le héros de Verne. La direction du journal commence par refuser: une femme, seule, se lancer dans une telle aventure ! Puis l'opération publicitaire et commerciale leur paraît bonne. Et voici la jeune Nellie Bly, munie d'une seule robe (faite exprès) et d'un sac de voyage lancée pour un tour du monde en moins de 75 jours, payé par le New York World, le journal de Joseph Pulitzer.
Qui était Nellie Bly ? Une journaliste audacieuse, surtout connue jusque là pour ses reportages sur les conditions de vie des femmes et des ouvriers, et pour ses dix jours d'infiltrations dans un asile psychiatrique. De nos jours on dirait: une journaliste d'infiltration et une féministe résolue. Elle accomplit son voyage pour le plaisir, pour l'aventure, pour pouvoir écrire plein de papiers excitants et pour la cause des femmes, toujours présente à son esprit.
Le livre en lui-même n'est pas très intéressant: traversant les pays et les océans à toute allure, Nellie Bly ne voit que des cabines de bateaux et des wagons de chemin de fer. Le voyage se passe globalement bien, aucune attaque de pirate, aucune explosion de chaudière, tout juste quelques tempêtes et retards dus à des questions d'horaire. A sa façon, le récit est aussi ennuyeux que les péripéties de celui de Verne, préfigurant notre époque de voyages accélérés et de contemplations pittoresques. Ca se lit tout même très bien, car c'est court et que mademoiselle Bly a un style joyeux et enjoué (le genre l'impose). Elle pose sur ce qui l'entoure un regard frais, un peu impertinent et très patriotique: elle est Américaine et fière de l'être.
Parmi les anecdotes savoureuses du voyage, on retiendra bien sûr sa visite éclair, au début de son voyage, à Jules Verne himself, séduit par cette jeune personne entreprenante.
Le livre devient plus intéressant dans ses creux et ses non-dits : les sous-entendus liés à la situation d'une femme seule et indépendante (qui, en voyage, en rencontre un paquet d'autres); le regard entre compassion et bon vieux racisme posé sur les non européens ("il y a autant de tempéraments chez les coolies que chez les chevaux"), le fait pour lecteur de Verne de retrouver les mêmes lieux que ceux par où est passé Phileas Fogg, décrits par quelqu'un qui les a vraiment vus. 
Le livre est au final plus intéressant par ce qu'il nous dit de l'époque qui la produit que par ce qu'il raconte effectivement. Et on ne peut s'empêcher de trouver sympathique la jeune journaliste qui l'a produit.


07 février 2018

Sans Atout et le cheval fantôme – Boileau Narcejac


Après les disparus de Saint-Agil, autre relecture d'enfance, moins marquante (et d'un moindre niveau) celle-là. Sans Atout est le surnom de François Robion, fils d'un fameux avocat pénaliste et lycéen (surdoué ?) à Paris. Son père possède un château en ruine en Bretagne et, partant là-bas pour les vacances de Pâques, Sans Atout découvre que le château est hanté par un cheval invisible...
On est dans un récit de jeune détective et un mystère façon club des cinq que le lecteur attentif élucidera rapidement. Boileau & Narcejac sont des pros, l'ensemble est bien ficelé et sent bon ses années 60. Au-delà d'un récit policier bourgeois (et pas très féministe), le portrait du jeune homme (et les implicites qui l'entourent : est-il surdoué ? malade ?) est réussi. Et un des chapitres, celui de l'infiltration dans le repaire du "méchant", par un jeune garçon très imaginatif est loin au-dessus du lot du reste du récit, touchant à un suspense angoissé tout à fait délicieux.
Faire de ce roman un classique est un peu trop lui accorder ; c'est un gentil livre, convenable et daté. Il est par exemple beaucoup moins puissant et riche que les oeuvres plus modernes de Norma Huidobro.

05 février 2018

Perfect blue – Satoshi Kon


Mima est une pop-idol. Vêtue de tenues sexy-mignonnes, elle chante des ritournelles pop avec deux autres filles. Ca ne peut durer qu'un temps : le film ouvre sur son concert d'adieux, Mima a décidé de devenir actrice, de percer dans une série TV, en reprenant tout à la base. Mais voilà: certains fans ne l'acceptent pas, et des incidents se produisent sur ses tournages, puis Mima a des visions d'un étrange fantôme, l'autre Mima, celle qui est restée une idole...
La réalité devient bizarre, entre le tournage d'une histoire qui semble raconter un écho de sa propre histoire, un syndrome de persécution, des scènes qui se répètent...

J'avais vu ce film à sa sortie, jamais revu depuis. Vingt ans après le charme est intact. Quelle claque ! L'histoire est une sorte de Hitchcock teinté de David Lynch, tout s'explique, si on veut, mais le bizarre est roi, on se met à douter de tout ce qu'on voit, plusieurs niveaux de fiction s'entremêlent dans un récit très rigoureux.
Perfect blue est un film sur une jeune femme, sur l'image qu'elle veut donner d'elle-même et l'image qu'on lui réclame. Je me souvenais de scènes sexuellement dérangeantes, d'un viol en public... Vu avec le recul, je me demandais si je n'allais pas trouver le film voyeur et complaisant. Rien de tout cela: j'ai eu l'impression que le film traitant son héroïne avec beaucoup de respect (même s'il lui arrive des choses terribles !) et que, derrière le thriller bizarre, on avait surtout l'histoire d'une jeune femme luttant pour s'accomplir.
Film sur l'art, les rêves, l'illusion, Perfect blue est un des meilleurs films du génial et regretté Satoshi Kon. 





03 février 2018

Les sables de l'Amargosa – Claire Vaye Watkins

Ray et Luz vivent dans une maison de luxe au-dessus d'un canyon. Elle est un ancien mannequin et lui un ancien militaire, mais on n'est pas dans un roman de Marc Lévy : ça ne va pas bien se passer, ni pour eux, ni pour le reste du monde. On est en Californie dans un futur probable. Suite à sa gestion de l'eau catastrophique (et bien documentée de nos jours), l'ouest des États-Unis est devenu un désert. Les anciens habitants de la Californie ont fui pour la plupart (on les surnommes les Mojaves) et sont parqués dans des camps dans le reste du pays. Ray et Luz ont décidé de rester, jusqu'à leur rencontre avec Ig, l'enfant bizarre, qui va les pousser à quitter leur refuge et entreprendre une traversée du désert jusqu'à rencontrer la communauté étrange de Levi Zabrinskie.
Publié dans une collection de littérature américaine, les sables est aussi clairement un roman de SF, tendance climatic-fiction. Cet aspect là est fait avec soin. Si elle n'est pas incroyablement originale, l'anticipation est bien documentée, réaliste et menée sans expositions absurdes ni info-dumps mal placés. L'écriture donne l'impression de lire un roman contemporain se déroulant dans un pays distant et pas très agréable. Pour les personnages tout est normal, ils ont creusé leur vie branlante dans cet espace-temps, ils galèrent pour se procurer de l'eau (le ravitaillement d'état et la croix rouge), ils extraient des maisons abandonnées des trucs et des machins, ils défendent à leur manière certains idéaux.
Le roman devient encore meilleur quand il approche la communauté de Zabriskie et l'énorme et mythique dune de l'Amargosa auprès de laquelle elle s'abrite. On entre alors dans un monde étrange et halluciné, construit et peuplé de mots, de croyances, d'espoirs et d'illusions. Je me suis demandé si ce procédé d'une extrapolation crédible sautant jusqu'à un objet littéraire étrange et démesuré n'était pas une des marques de la bonne science-fiction.

J'ai aimé l'ensemble, sans adhérer totalement. Luz, héroïne assez casse-pieds, mériterait de sortir de l'orbite autour de son nombril. Même en post-apo, les Californiens stressés restent des Californiens stressés. L'écriture manque parfois de simplicité, la construction de clarté, on saute certains passages introspectifs sans regret, on en découvre d'autres, très inventifs, avec joie. Page 261, sous prétexte d'un rêve de Luz, on découvre une nouvelle étrange mettant en scène des hommes-taupes et la réserve de déchets nucléaires de Yucca Valley, qui aurait sa place dans un des livres de Yirminadingrad. Le collage est raté, le texte inséré très réussi. Bref, les sables est un roman bancal, souvent intéressant et marquant.

29 janvier 2018

Les disparus de Saint-Agil – Pierre Very

Dans le pensionnat de Saint-Agil, à Meaux, au début du siècle (l'autre, le XXème) : trois jeunes garçons rêvent ensemble d'Amérique. Ils ont fondé une société secrète, les Chiche-Capon. Nuitamment, ils se rendent dans la salle de sciences naturelles, mettent une bougie dans le crâne du squelette Martin et partagent sur un cahier leurs pensées, leurs projets... Mais une nuit, lors d'une de ces expéditions pleine de suspense hors du du dortoir (il faut éviter le terrible M. Planet qui marche en silence dans les couloirs et ne dort jamais), Matthieu Sorgue voit quelque chose qui le remplit d'angoisse. Et le lendemain, après s'être fait virer de la salle d'étude pour cause de distraction, il disparaît. Envolé. Plus tard, quelqu'un dira l'avoir vu dans un train pour Paris... Mais pourquoi Sorgue, élève doux et rêveur, par ailleurs romancier amateur, aurait-il quitté la pension ? Et pourquoi d'autres enfants disparaissent-ils à leur tour ?
Les disparus de Saint-Agil fait partie des lectures marquantes de mon enfance. Il m'avait marqué si fort que, quelques temps après l'avoir lu, j'avais fondé une société secrète avec mon meilleur ami et j'avais commencé à rédiger un roman (mon premier !) la mettant en scène, tout comme Sorgue agit avec les Chiche-Capon. Puis avec le temps j'ai oublié ce récit, ne me souvenant que du pensionnant, la nuit, et de Martin le squelette, une bougie installée dans son crâne.
La relecture de ce texte nous a soufflés. D'une, il est très bien écrit, beau style français sans être ampoulé, voix multiples, jeux littéraires discrets,  récit épousant le rythme à la fois monotone et doux de la vie scolaire. Derrière le récit à mystère, finement mené, on trouve une belle et émouvante chronique d'enfance, un travail sur le souvenir, une plongée dans les années de l'adolescence dont on ne distingue pas quand elles s'écoulent combien elles peuvent être importantes pour la vie à venir. Le roman multiplie les mises en abyme, les jeux de miroirs, joue sur les rêves et la littérature, et tout prend vie pour le lecteur, la crécelle, les promenades d'été au bord du canal, les devoirs qu'on buche à l'étude, les bavardages de collégiens et lycéens rêvant de cousines ou de filles de cabaret, le catalogue des Armes et Cycles de Saint-Etienne, les surveillants un peu cinglés et ceux à la patience douce et bienveillante, les conversations des profs au café au sujet de la guerre qui vient...
Les disparus n'est pas seulement un bon roman pour enfants, c'est un merveilleux roman tout court et, cela m'a beaucoup ému de m'en rendre compte à la relecture, un des romans les plus importants de ma vie.
(lecture commencée en 2017)

25 janvier 2018

Compte-rendu du rejeton d'Azathoth – Partie 4


I have plung’d like a deer thro’ the arches
Of the hoary primoridal grove,
Where the oaks feel the presence that marches
And stalks on where no spirit dares rove;
And I flee from a thing that surrounds me, and leers thro’ dead branches above.
H.P. Lovecraft – Nemesis

Voir les épisodes précédents, marqués sous le libellé Azathoth.

Olga Passelova-Baxter a, en ce mois se septembre 1907, plusieurs certitudes : les travaux de Dmitri sont formels : quelque chose se dirige vers la Terre, une "comète noire", qu’on ne peut voir qu’à l’aide de son télescope du Montana (de ses verres spéciaux… et d’un certain état d’esprit particulier). Baxter et lui ont baptisé l’objet céleste « Nemesis ». Nemesis est accompagnée sur son orbite d’un nuage de météores dont certains peuvent parfois être retrouvés sur Terre: l’un d’eux, disparu, est tombé le 6 juin dernier, le jour même de la mort de Baxter. Un autre est tombé en 1588 et il semblerait que Herrera ait été à sa recherche (voire l’ai trouvé !, se référer à l’épisode précédent).
Autre certitude, un ennemi lutte contre ceux qui veulent savoir. Son père a été assassiné, son frère entraîné dans d’étranges intrigues, des adversaires (bourdonnants) ont tenté de s’emparer des météores… En femme d’action et d’organisation, la comtesse Passelova décide à la fois de soutenir les travaux de ses scientifiques (son oncle Dmitri Passelov, Monroe), de promouvoir la mémoire de son père, et de tenter de dévoiler ses ennemis. 

Faisant d’une pierre plusieurs coups, elle ramène la Palencia à Providence et organise à l’hôtel Narrangasset une exposition des recherches scientifiques entreprises par la fondation Baxter dont le clou n’est autre que le météore, qu’on sortira pour l’occasion de son coffre sécurisé. A la fin de l’exposition, la pierre sera vendue aux enchères.
Le résultat ne se fait pas attendre: un attentat à la bombe dans les salons mêmes de l’hôtel (faisant heureusement peu de victimes), attribué aux anarchistes, une campagne de presse délirante contre Mlle Passelova, présentée comme une folle collectionnant les météores explosifs et, le jour d’une manifestation ouvrière, un flot d’Irlandais pauvres prenant d’assaut la maison de Baxter, fanatisés par les prêches d’un prêtre, le père Fitzpatrick. Olga contre coup pour coup. Emmett Baxter lui organise une campagne de presse favorable et met dans sa poches les intellectuels new yorkais. Le fameux journaliste William H. Harding trace d’elle un portrait élogieux: our Lady of the Stars. L’exposition est un succès, le scandale draine du monde, la vente aux enchères monte à des sommes astronomiques. L’université d’Arkham fait pression sur Monroe pour acquérir la pierre à moindre prix (elle n’est pas si riche), mais cette dernière est acquise par un certain M. Hampstead, riche entrepreneur dans le domaine des mines dans le Vermont (pourquoi s’intéresse-t-il à ce genre de caillou ? Mystère ?)

Autre scène étrange, lors d’une visite privée de l’exposition, portes fermées derrière eux, Monroe (pris d’une étrange intuition/envie) déshabille sa femme (la prend en photo, nue, tenant le météore noire dans ses mains) avant de faire l’amour avec elle juste devant la pierre. Une vision le saisit alors qui le plonge dans l’inconscience au moment de la jouissance. Adèle, horriblement surprise, parvient avec peine à lui faire reprendre conscience avant que les gardiens ne forcent la porte.

Olga Passelova lance John Addams, détective Pinkerton, sur la trace de tous ses agresseurs. Il pointe le rôle très suspect joué par Patterson – le dément en saurait-il plus ? Pourquoi cherche-t-il à manger des cerveaux humains ? – cherche des liens entre Hampstead, Fitzpatrick, l’auteur de l’attentat à la bombe… et arrive à cette angoissante conclusion: tout ceci paraît à la fois coordonné, et sans lien aucun. Sinon des visions, des rêves…
Et la présence récurrente du fantôme d’Ogun (l’Indien mystérieux du Montana… La présence dans la chambre de Monroe et Adèle, la vision dans le jardin) qu’Olga reconnaît comme le serviteur de son « diadia », le professeur Adamsky, cet explorateur russe qui, justement, avait ramené du Tibet la première version du manuscrit du livre d’Eibon !

Quelques semaines plus tard, dans une apparente précipitation, Abraham Monroe épouse Mlle Adèle Grenier, de Neuchâtel. Olga offre les festivités du mariage. Les deux familles sont surprises. Seule Adèle sait, sans savoir, qu’elle est enceinte d’un enfant conçu devant la météorite.

Dernière chose, et non, des moindres : Dmitri Passelov a fini son article, il est prêt à présenter à la communauté astronomique mondiale la terrifiante nouvelle. 1908 pourrait bien être la dernière année de l’humanité ! L’été prochain, la comète croisera de très près la course de la Terre. Dmitri est convaincu qu’elle se dirige droit dessus.
Son oncle n’étant pas pris très au sérieux par les astronomes raisonnables, Olga l’invite au congrès Américain d’Astronomie de Philadelphie d’une manière astucieuse: organisant un concours richement doté demandant à des volontaires de critiquer la publication de son oncle. William Harding, devenu un ami, la soutient dans la promotion de l’évènement. La méthode n’est pas orthodoxe, mais les travaux de Dmitri sont étudiés avec attention. Au final, celui-ci emmène un groupe de sceptiques avec lui dans le Montana, pour leur montrer Nemesis. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Olga et Monroe ne souffrent pas l’inaction. Baxter étant persuadé que la clé de tout se trouvait dans le livre d’Eibon. Monroe retourne s’installer à Arkham avec sa jeune épouse travailler avec ce vieux fou de Furlong (vieux papiers, insinuations douteuses, délires antédiluviens du vieux, et sexe frénétique sous les poutres sombres de l’appartement loué dans une vieille maison d’Arkham). Adèle se révèle douée pour tracer les étranges hiéroglyphes de l’écriture ‘pré-akkadienne’ utilisée par le Liber Ivonis, Monroe n'aime pas ça. Il empêche la vieille araignée infirme de toucher les mains d'Adèle (mais les travaux avancent !)

Nemesis vient... Si on pouvait la voir avec autant d'évidence !
Pendant ce temps, Olga décide de retourner aux sources. Tout a commencé par des textes anciens ramenés par Adamsky depuis le monastère de Leng, au Tibet. Et s’il fallait retourner là-bas ? Il reste peu de temps, mais cela peut encore être tenté...


Toxoplasma – David Calvo

Montréal, à quelques pas de l'effondrement (crises majeures en Europe, en Amérique du Nord, missiles, guerres, lutte pour l'eau et les ressources, etc.), un monde pré-apo plutôt que post-apo. La ville s'est soulevée et est devenue la Commune de Montréal, libertaire, déjantée, innovante, et les armées des Fédéraux sont massées au-delà des ponts, prêtes à intervenir.
Nikki travaille dans un vidéo-club qui loue des VHS (une sorte de retour en grâce !) et sort avec Kim qui fait des runs sur la Grille. Car si Internet s'est effondré, il en reste quand même quelque chose, la Grille, nœud de réseaux encore utilisé par les grandes corpos comme la Vectracom.
Tout ceci sent le cyberpunk ? Et un parfum prolongé des années 80 ? Exact. Toxoplasma est infusé de l'esprit de ce temps. Non pas par retour nostalgique et tentative de taper dans l'émotion et le portefeuille de nos enfances (je vous parle à vous, qui avez grandi en même temps que moi. Si vous êtes plus jeunes, ce n'est pas grave, je ne vous en veux pas), mais parce que cette matière culturelle – cyber, Grille, séries Z en VHS, jeu de rôle... est le substrat sur lequel Calvo bâtit et explore depuis ses premiers livres, non pas un but en soi, mais une matière à partir de laquelle construire un monde littéraire.
Nikki enquête sur la mort d'un raton-laveur décapité (based on a true story). Elle enquête pour donner un sens à sa vie, tenter d'agir dans un monde qui part grave en sucette, essayer de sortir de ses délires, de son expertise culturelle inutile. Toucher le sang, les traces, la vie... et remonter aux sources des visions qui la traversent : la forêt, l'homme à tête de ruche. Pendant ce temps, sa copine Kim prépare le run de sa vie... En-dessous de tout ça, comme presque toujours chez Calvo, les mythes grecs, l'antiquité grecque, devenue ici une sorte de substrat sémantique commun des runners de la Grille.
Toxoplasma est un roman un peu branque, un peu mal foutu... On ne comprend pas toujours tout, on se perd ici ou là, on se demande pourquoi ça et on n'aura peut-être pas la réponse. Mais on s'en moque, l'important n'est pas là, car Toxo nous emporte, sur son énergie, sa joie, son enthousiasme, son envie de partager ses angoisses, ses surprises, l'envie qu'il donne de créer nos propres vie. Sa langue elle-même est originale et excitante, pleine d'argots et de traits québecois.
Si vous ne connaissez pas le travail de Calvo, Toxo est un bon point d'entrée. Il est facile d'accès, marrant, énergique et les idées exposées sont souvent épatantes. Si vous connaissez le travail de Calvo, ce roman-ci est la suite d'une construction ininterrompue qui court depuis Delius, Wonderful, traverse les recueils de nouvelles et les délires mallarméens d'Elliott et le très bon Colline. Pour moi, c'est avec Wonderful que Toxoplasma a plus de parenté. Répétition à vingt ans de distance du même schéma : fin du monde et course pour donner du sens à une existence, avec la même poésie, la même force, et une bien plus grande maturité littéraire et politique. La grande classe.

10 janvier 2018

Or noir – Dominique Manotti

1973 : Théodore Daquin, un jeune commissaire fraîchement diplômé débarque à Marseille et se retrouve mêlé à une affaire d'assassinat en pleine rue, que les autorités locales ont très envie de faire passer pour un règlement de compte. Mais la victime, M. Pieri, était un armateur assez en vue et avait commencé à s'intéresser au pétrole. D'ailleurs, où naviguent exactement ses deux petits tankers ? Daquin se fait refiler le bébé, et une équipe toute neuve (petite mais sympathique) et entreprend de comprendre ce qui se cache sous ces crapuleries.
Or noir est un roman qui décrit en parallèle certaines des manœuvres crapuleuses et les détails de l'enquête de police, de manière très réaliste. Daquin n'est pas un super-héros, juste un flic intègre, consciencieux et assez malin.  L'enquête est intéressante, mais encore plus intéressant est le portrait du lieu et de l'époque : Marseille juste après les scandales de la french connection, le souvenir de la guerre, le développement industriel de la ville, les liens entre le pouvoir et les bandits, l'héroïne française de qualité, et le pétrole, le pétrole noir et sale qui change tout, au lendemain des grandes manœuvres de l'OPEP et de la fin de la convertibilité du dollar. La leçon est très bien menée, on apprend plein de choses passionnantes, comme dans un bon livre d'histoire éco, enquête policière et suspense (bien mené) en plus.
Pour le reste, l'écriture est comme le personnage de Daquin : très froide, clinique, précise. Stimulante mais ne portant pas beaucoup d'émotion. Le traitement de la sexualité du commissaire m'a semblé aussi faux que la description de l'économie marseillaise était juste, mais heureusement ce n'est pas le sujet du roman. Bref, je lirai d'autres livres de Manotti.

Un conseil du lecteur. Merci à lui !


09 janvier 2018

Compte-rendu du rejeton d'Azathoth – Partie 3

I had drifted o’er seas without ending,
Under sinister grey-clouded skies
That the many-fork’d lightning is rending,
That resound with hysterical cries;
With the moans of invisible daemons that out of the green waters rise.
Nemesis – H.P. Lovecraft

J’ai pris du retard dans ces comptes-rendus, la vie ayant ses exigences…, mais comme ils sont tout ce qui reste de ces histoires de jeu de rôle, je vais m’efforcer de mener à bout ce projet. 
 
Olga descend à l'hôtel Ponce de Leon. Les princesses russes ne devaient pas y être si fréquentes...

Après des aventures dans le Montana, nos héros se tournent vers la Floride. Avantage de la fortune de Mlle Passalova, tout le monde peut s’installer dans un hôtel de luxe de Saint Augustine, et pendant que Monroe travaille sur les papiers Baxter, Olga s'emploie à faire rechercher son frère par des détectives (hommes et femmes) recrutés par ses soins. Première nouvelle désagréable: apprendre que ce cher Colin est accusé de meurtre et poursuivi par la police !
L’enquête dans la petite ville balnéaire révèle que ni ses anciens marins, ni ses amis ne savent où il se trouve. Et qu’autour de lui courent de terribles rumeurs de profanations de cimetières et vols de cadavres. Ne faisant pas confiance à la police, Olga lâche des hommes de Pinkerton sur l’affaire, qui remontent jusqu’à une mystérieuse ferme où on élève des alligators et où Monroe manquera de se faire tuer. Elle comprendra aussi que, qu’une certaine façon, Colin travaillait pour son père, tentant de retrouver l’épave du Rosario, un navire sur lequel naviguait le jésuite Herrera, astronome un peu hérétique, fasciné par le passage de la « comète noire », la même qui a été repérée par Dmitri Passelov sur les recommandations de Philip Baxter. Ainsi, le professeur de Providence avait plusieurs fers au feu !
Ce séjour est l’occasion aussi pour Monroe de nouer une idylle plus sérieuse avec Adèle. La sensualité de la dame de compagnie anglo-suisse rencontre l’élan fougueux du jeune universitaire américain. Monroe fait sa cour, Adèle se laisse volontiers séduire et se dit que cette affaire pourrait être sérieuse. Quant à Monroe il constate qu’une vie sexuelle épanouie l’aide à avoir l’esprit clair dans ses travaux si compliqués sur les manuscrits de Baxter – mais non, Furlong n’a eu aucune influence sur lui et aucune magie ne se joue là, juste la force du travail, et le mens sana dans le corpore sano, et toutes ces sortes de choses.
On retrouve enfin Colin; avec l’aide d’un avocat et celle de ses relations dans la bonne société, Olga démontre la corruption de la police, le jeune homme est lavé de ses crimes. Des agents de police intègres associés à une armée de Pinkerton traquent les dingues de la ferme aux alligators et leurs complices. Olga décide de faire terminer les travaux de réfection de la Palencia et de confier à son frère et à monsieur Wolffe, son associé le soin de diriger l’expédition. Elle-même se fera un plaisir d’embarquer malgré l’inconfort du cargo.


La Palencia a à peu près cette tête-là, grues en plus.
La lecture du vieux documents et la connaissance de la région par Colin Baxter et son associé aident à ne pas chercher au hasard, mais les recherches sont difficiles. Après plusieurs semaines de croisière, c’est Monroe qui, déduisant des papiers de Baxter certains systèmes de coordonnées liés à l’objet céleste, propose une destination tout à fait originale à la Palencia, quelque part près des Bermudes. Là, plongeant avec Colin, Monroe découvre l’épave du Rosario (on soulignera le courage physique du jeune professeur qui enfile ces terribles tenues de tissu huilé). L’exploration sera très fructueuse, aussi bien d’un point de vue historique qu’astronomique puisqu’on remontera des fonds marins un coffre espagnol contenant un morceau de météorite ! Un élément détaché de la comète noire elle-même durant un de ses derniers passages ! 
(tout ce passage de l'aventure est l'occasion de jouer de purs passages ambiance le Trésor de Rackham le rouge, ce qu'on a rarement l'occasion de faire – une des belles idées de ce scénario)

Le professeur Monroe découvrant le Rosario, au large des Bermudes (dessin de presse belge)
Instruit par le destin des Indiens ayant approché la pierre précédente, nos héros évitent de la toucher et l’enferment dans un coffre. 
Plus troublant encore, le Rosario semble s’être échoué au sommet d’un bloc sous-marin dont les formes pourraient être celles d’un bâtiment.
La fin de saison et les tempêtes équinoxiales approchant forcent à interrompre les descentes et à retourner à terre. En route dans les Bermudes, d’étranges lumières volant en triangle entourent le navire et quelque chose qui bourdonne se pose sur le bateau. Un des passagers est brûlé de la même façon que les bêtes dans le Montana. On se défend à l’aveugle à coup de fusil. On tient les portes, on résiste à l’affolement… et la brume finit par se lever, la Palencia rentre au port.

Voilà Olga en possession d’un étrange météore, persuadée que les intuitions de son père étaient vraies. De son côté, Dmitri met fin à la préparation d’un article scientifique qui va bouleverser l’astronomie (et peut-être le destin de l’humanité…)